Quelques années après la Libération, je perdis mon mari disparu en quelques minutes d'une crise d'angine de poitrine. J'avais trente ans et il me fallait envisager de travailler si je voulais pouvoir élever mes enfants comme je le souhaitais et conserver un certain niveau de vie. Mais, dans une ville de province, passer du statut de femme dite « du monde » à celui de travailleur salarié, est un exploit difficile et plutôt mal vu. Mon mari avait de la famille au Maroc. Je m'y rendis et entrai à la rédaction publicitaire d'un poste de radio : Radio-Internationale.

Ce n'était pas une situation extraordinaire. Le Maroc, d'ailleurs, vivait les derniers jours du protectorat et il était difficile de s'y créer une situation stable. Mais j'y fis la connaissance d'un officier, le capitaine Benzoni et l'épousai quelques semaines avant son départ pour l'Indochine où il devait rejoindre, à Hué, le 6e Régiment de Spahis marocains.

Mais, à cause de l'incertitude des lendemains marocains, mon mari souhaitait me voir demeurer à Paris, auprès de ma famille tandis qu'il s'éloignerait. C'est alors que je me lançai dans le journalisme. Depuis toujours, j'avais été fascinée par ce métier, et à quinze ans, j'avais émis le désir de m'y consacrer, mais mon père m'avait découragée alléguant une foule de prétextes mais évitant prudemment le seul réel : le journalisme était mal porté chez les jeunes filles, à une certaine époque et dans un certain milieu.

Je travaillai simultanément pour l'Histoire pour tous, pour le Journal du Dimanche, qui était le septième jour de France-Soir et pour

Confidences où j'écrivis de nombreux articles historiques (je les écris toujours d'ailleurs, ce sont les Confidences de l'Histoire). J'y ajoutai, par la suite, un courrier de l'Histoire qui me valut de bons moments et d'autres moins bons. Qui dira jamais la grande détresse de l'historien aux prises avec une meute avide de connaître ses ancêtres ? Mon courrier débordait, et déborde toujours, de lettres de ce type.

« Je m'appelle Bidule mais une vieille tante m'a dit que l'un de mes ancêtres qui était noble a supprimé (ou vendu, ou cédé ou bazardé n'importe comment...) la particule et le titre à la Révolution. Pouvez-vous m'aider à les retrouver ?... »

Ah ! cette Révolution, avec ses émigrés, ses cachettes, sa clandestinité ! Elle est le grand recours d'une foule de républicains bon teint auxquels elle permet de rêver qu'ils ont eu des ancêtres « nés » dont les talons rouges foulaient hardiment les parquets de Versailles. Quant à moi, je dois faire face quotidiennement à une foule assoiffée d'honneurs enfuis et de châteaux écroulés.

Pendant que je faisais mes premières armes dans le journalisme de salon (je fréquentais beaucoup les artistes, les écrivains et les vedettes de cinéma) et dans la petite histoire, celles de la France tournaient mal en Extrême-Orient et l'Indochine me rendait mon mari en fort mauvais état mais ayant tout de même échappé de justesse au piège de Dien- Bien-Phu. Il fallut un an pour lui rendre la santé, après quoi, il put réintégrer le ministère des Armées comme ingénieur d'armement, poste qu'il occupe toujours.

En même temps, il se lançait dans la politique locale au service du général de Gaulle. Ce n'était pas une nouveauté : depuis qu'il avait rejoint, à Londres, les F.F.L. puis, plus tard, au Tchad, la 2e D.B. il était un fidèle du Général.

Président de nombreuses sociétés, il est actuellement maire- adjoint de notre ville de Saint-Mandé.

Quant à moi, une grande émission télévisée me fit mieux connaître et décida un éditeur, le mien, à me demander un roman historique. Ce fut II suffit d'un amour... le premier de la série Catherine. Depuis, je n'ai pas cessé d'en écrire et c'est, je pense, une maladie qui ne me quittera pas de sitôt.

Ce que j'appellerai l'« aventure Catherine » a commencé d'une drôle de façon. Je sortais tout juste des projecteurs de la télévision où je m'étais vaillamment battue pour la plus grande gloire de la Renaissance italienne et je commençais mes séries d'articles historiques, lorsque je fus convoquée, un beau matin, par le secrétaire général de l'agence de presse OPERA MUNDI, Gérald Gauthier, au siège social de ladite agence.

Introduite dans l'immense salle de conférences qui avait été jadis la salle de bal d'un hôtel particulier ducal, j'ai été confrontée avec un monsieur jeune et dynamique qui, après les compliments d'usage, m'a demandé si je n'aurais pas, dans un coin, une bonne idée de roman historique. Me souvenant de mes lectures bourguignonnes, j'ai dit qu'effectivement j'avais ça dans mes fontes... et j'ai vu mon interlocuteur quitter, alors, son siège et disparaître en courant comme s'il était poursuivi.

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