De retour dans sa chambre, elle appela Esteban et parla à Oscar qui aurait dû être couché depuis longtemps. Ils lui manquaient. Elle prit une douche chaude et se glissa dans son lit. Cette journée, finalement, s’était bien passée. Cette histoire était réglée. Personne n’irait fouiller plus loin dans l’histoire de Sarah Leroy. Elle tendit la main pour saisir son livre sur la table de nuit et effleura sans faire exprès la pile de photos volées par Lilou. Celle du haut tomba par terre. Elle la ramassa et se figea. Chaussant ses lunettes, elle plaça la photo sous la lampe de chevet. Les sourcils froncés, elle l’examina longuement. Voilà comment Lilou avait su que Sarah s’était fait couper les cheveux juste avant de disparaître, mais ce n’était pas ce qui avait attiré l’attention de Fanny. Ces traces blanches sur le corps de Sarah, comme de la crème solaire mal étalée, cela évoquait vaguement un souvenir à Fanny, mais lequel ? Elle ne parvenait pas à se rappeler. Elle reposa la photo et se coucha. Une heure plus tard, le souvenir lui revint en pleine figure. Une exposition temporaire qu’elle avait visitée avec sa classe au lycée il y a une éternité. Rien à voir avec Sarah, a priori. Sauf si… Elle garda les yeux grands ouverts dans le noir, tandis qu’une idée germait dans son esprit… Peut-être qu’il existait une possibilité infime que Sarah Leroy se soit enfuie de Bouville sans jamais en sortir, sans que personne ne la voie, sans prendre ni le ferry, ni l’avion, ni le train, une possibilité à laquelle personne n’aurait pensé tellement elle était absurde, inconcevable, ridicule… Mais une possibilité quand même.

<p>Sarah</p>

J’entends un bruit.

Lent, régulier, lointain.

Dans un autre univers, de l’autre côté des eaux noires qui m’ont engloutie. Un métronome. Un robinet qui goutte à l’infini. En plus aigu, plus irritant. Un son dont la régularité et l’inébranlable persévérance ont fini par percer les ténèbres.

« Bip ».

Dans l’abîme où je suis tombée, c’est tout ce que je perçois. Parfois, juste quelques secondes.

« Bip ».

Et à nouveau je sombre.

<p>Face B :</p><p>SARAH</p><p>Sarah</p>
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