1O muse des pleurs, la plus belle des muses!Toi, acolyte perdue de la nuit blanche!Tu jettes sur les Russes ta sombre tempe te,Et tes hauts cris nous percent, comme des fle`ches.Nous bondissons de co teґ, et sourdement: ah! —Des milliers de fois — nous te jurons fideґliteґ. — AnnaAkhmatova! — Ce nom me me — vaste soupir,Tombe dans des profondeurs qui n’ont pas de nom.Nous portons une couronne, a` seulement foulerLa me me terre que toi, sous le me me ciel — que toi!Et celui que blesse ton destin mortelS’eґtend immortel deґja` sur son lit de mort.Sur ma ville qui chante, les coupoles brillent,Et l’aveugle qui passe ceґle`bre les louanges du seigneur...— Moi, — je t’offre ma ville avec ses cloches,Akhmatova! — et aussi mon cur, en plus.3Encore un immense battement —Et les cils dorment.Corps gentil! Poussie`reD’un oiseau leґger!Que faisais-tu dans le brouillardDes jours? J’attendais, je chantais...Et tant de soupirs en elle,Et si peu de chair...Gentille — inhumainement,Sa somnolence.Avec quelque choseDe l’ange et de l’aigle.Elle dort, et le chur l’appelleVers les jardins de l’Eden.Comme si le deґmon endormiN’eґtait pas satureґ de chansons.Les heures, les anneґes, les sie`cles. —Sans nous — sans nos chambres.Et le monument, qui se penche, —Ne se souvient plus.Depuis longtemps, le balai reste inactif,Et se fleґtrissent, obseґquieusement,Au-dessus de la Muse de Tsarskoeґ Selo,Les croix d’orties.5Tant de compagnons, tant d’amis —Et tu n’es l’eґcho de personne.L’amertume et la fierteґCommandent cette tendre jeunesse.Tu te souviens de cette journeґe folleEt enrageґe: le port, la menace des vents du sud,Les hurlements de la Caspienne — et,Dans la bouche, l’aile d’une rose.Et cette tzigane qui t’a donneґCette pierre, si bien sertie, — etCette tzigane qui t’a mentiA propos de la gloire...Et, — tre`s haut, pre`s des voiles —L’adolescent en caban bleu.Le grondement de la mer — et l’appel,— Redoutable de la Muse blesseґe.6Tu ne traneras pas. Moi, — je suis le prisonnier.Toi, — le gardien. Nous avons le me me destin.Nous avons la me me feuille de routePour ce territoire vide, vide.Moi, — je suis d’une humeur tranquille!Mes yeux sont transparents!Gardien, laisse-moi allerJusqu’a` ce pin.8