LE CRI DE L’AME Quand le souffle divin qui flotte sur le mondeS’arr^ete sur mon ^ame ouverte au moindre ventEt la fait tout `a coup frissonner comme une ondeO`u le cygne s’abat dans un cercle mouvant! — Quand mon regard se plonge au rayonnant ab^imeO`u luisent ces tr'esors du riche firmament,Ces perles de la nuit que son souffle ranime,Des sentiers du Seigneur innombrable ornement! — Quand d’un ciel de printemps l’aurore qui ruisselle,Se brise et rejaillit en gerbes de chaleur,Que chaque atome d’air roule son 'etincelle,Et que tout sous mes pas devient lumi`ere ou fleur! — Quand tout chante ou gazouille ou roucoule ou bourdonne,Que l’immortalit'e tout semble se nourrir,Et que l’homme 'ebloui de cet air qui rayonne,Croit qu’un jour si vivant ne pourra plus mourir! — Quand je roule en mon sein mille pensers sublimes,Et que mon faible esprit ne pouvant les porterS’arr^ete en frissonnant sur les derniers ab^imesEt, faute d’un appui, va s’y pr'ecipiter! — Quand dans le ciel d’amour o`u mon ^ame est ravie,Je presse sur mon coeur un fant^ome ador'e,Et que je cherche en vain des paroles de viePour l’embasser du feu dont je suis d'evor'e! — Quand je sens qu’un soupir de mon ^ame oppress'eePourrait cr'eer un monde en son br^ulant essor,Que ma vie userait le temps, que ma pens'eeEn ramplissant le ciel d'eborderait encor! — J'ehova! J'ehova! ton nom seul me soulage!Il est le seul 'echo qui r'eponde `a mon coeur!Ou plut^ot ces 'elans, ces transports sans langage,Sont eux-m^eme un 'echo de ta propre grandeur! Tu ne dors pas souvent dans mon sein, nom sublime!Tu ne dors pas souvent sur mes l`evres de feu:Mais chaque impression t’y trouve et t’y ranime.Et le cri de mon ^ame est toujours toi, mon Dieu!(Harmonies po'etiques et religieuses, livre III, h. 3)