C ’est pourtant une jolie chose que ce carrousel avec des calèches at-telées de chevaux: la Princesse Natalie a fait tous les prix: M-me Golowine aussi. J’ai tant sautillé, jasé, ri, qu’on m’aurait pu prendre pour un échappé de la maison jaune. Nous nous sommes ensuite balancés la P. Natalie, Mme Gol…, Mr Sweschnikoff et moi, sur la flotte aérienne et sur la balançoire française que le Prince a imitée du jardin de Tivoli. Le soir j’ai joué deux parties au billard avec Mme Golovine que je lui ai fait gagner et une avec la Prin-cesse Barbe que j’ai gagnée: je donne 15 d’avance à chacune de ces dames. La Princesse Natalie s’est mise au piano, elle a joué et chanté la Ronde du Chaperon et la Romance du Compte Robert de la même pièce, puis
Ce 16 Juin à 11 heures du matin.
A neuf heures la Princesse Natalie m ’a envoyé dire à M-me Golovine de venir la joindre pour aller ensemble au canal de Ligoff: je suis entré chez M-me et je l’ai trouvé toute en pleurs: son enfant se trouve mal depuis cinq heures du matin. Enfin l’enfant s’est un peu pacifié et nous sommes partis, en partie carré, comme je le dis en plaisantant à la Princesse: elle, M-me G., Sw. et moi; Kürchner est parti pour la ville avec le Prince. A moitié chemin du canal de Ligoff nous avons rencontré une dame anglaise à cheval avec un chevalier à côté, qui courraient à tout bride par la grande allée. C’est une des nouvelles connaissances de M-me Golowine. Après une promenade de 4 verstes nous sommes rentrés vers 11 heures. La jeune Princesse a été très aimable et très gaie: elle vient de recevoir une lettre du cmte Zuboff.
A 11 heures du soir.
La soir ée s’est passée fort agréablement. A 7 heures le Prince est reve-nu de la ville. Mr. Golovine après avoir fui la partie de boston avec la Princes-se, Sweschnikoff et moi est parti. La Princesse et sa fille sont allées en voitur e, le Prince, K ürchner et Sweschnikoff se promènent à pied, je reste dans le salon avec Md Golovine qui se met au piano. Tout en jouant et en chantant elle me fait subir un interrogatoire; elle plaisante, je veux me fâcher et je ris: les Princesses sont rentrées. La Princesse mère, nous voyant seuls, en a fait une remarque en ricanant: elle nous a apostrophé d’inséparables. Ce mot m’a cho-qué; je me rappelai un mot semblable de Baktine et l’ai envoyé à tous les diab-les. J’ai été un peu confus, et ne me suis remis qu’à bout d’une demi-heure lorsque Md Golovine m’a proposé une partie de billard. Je lui ai dit en riant que cette fois-ci je ne la laisserai pas gagner et lui ai tenu la parole dans trois parties que j’ai jouées avec elle.
La jeune Princesse s ’est mise au piano; elle a joué et chanté plusieurs airs de Borgondio et même de Catalani avec beaucoup de goût et de justesse; elle a été d’une humeur charmante. Kürchner lui a proposé d’être son maître de chapelle ce qu’elle a accepté.
Au souper, le G énéral Prévost de Lamianc arrivé, nous a raconté les nouvelles du jour, comme c’est ordinairement son habitude. Il nous a dit le malheur qui est arrivé à l’acteur Durand dont le bateau a choppé près de Kres-towski ostrow: le pauvre Durand y a perdu un enfant à la mamelle.
Ce 17 Juin à 9 heures.
Nous avons d éjeuné, le Prince, le général, M. Sweschnikoff, Kürchner et moi, à 8 heures. Un moment après le Prince est encore parti pour la ville. J’ai vu un moment la P-sse Natalie; elles vont aussi à Kamenny-ostrow chez la maréchale. Le temps m’ayant paru détestable, je pris le parti de rentrer. J’ai écrit une lettre à M. Rousseau qui quitte bientôt Paris pour aller transplanter son embonpoint sur le sol d’Angleterre.
A 11 heures du soir.