Je l'ai surpris en train de saisir un miroir sur la table de nuit pendant que nous faisions l'amour parce qu'il voulait vérifier quelle tête il a au moment de l'orgasme. En prévision d'une scène particulièrement chaude prévue dans son prochain scénario, Richard étudiait comment présenter son menton sous le meilleur angle.

Je n'aime pas particulièrement Richard, mais je compte me servir de lui comme tremplin pour pénétrer le monde du cinéma. Moi aussi, je sais que le temps passe. Hier, je lui ai donc fait une scène afin qu'il m'impose dans son prochain film. Il a commencé par prétendre qu'acteur, c'est un métier qui ne s'improvise pas. J'ai riposté en lui énumérant la longue liste des actrices sans talent qui ont percé dans la profession sur leur seul physique. Et comme cela ne suffisait pas pour le convaincre de tenir tête à ses producteurs, j'ai cassé des assiettes, puis j'ai sorti des photos de lui en compagnie de garçons mineurs que j'ai reçues par la poste, envoyées anonymement par «une amie qui me veut du bien». Sans doute une figurante jalouse…

– Avec des images pareilles, non seulement j'obtiens le divorce, mais je te pique tout ton fric et je démolis ta réputation de grand séducteur.

Richard a donc persuadé ses producteurs de me donner dans son prochain film, Les Renards, le rôle d'une femme soldat russe combattant en Tchétchénie. Lui, il interprète le héros, le sergent-chef d'un commando justement appelé «les Renards», et moi je suis l'une de ses sous-fifres particulièrement débrouillarde, la reine du lance-flammes. Deux rôles de composition.

Heureusement, le scénariste met dans ma bouche tout plein de dialogues formidables. Je fais enfin preuve de cet humour parfait que j'ai toujours rêvé posséder mais qu'aucun chirurgien ne peut vous greffer dans le cerveau.

Le tournage des Renards est prévu en Russie pour plus de réalisme et aussi pour économiser sur le cachet des figurants.

Maintenant, j'ai le trac. Je veux devenir une grande star, la Liz Taylor noire.

<p>155. ENCYCLOPEDIE</p>

TURING: Destin étrange que celui d'Aian Mathi-son Turing, né à Londres en 1912. Enfant solitaire à la scolarité médiocre, il est obsédé par les mathématiques qu'il porte à un niveau presque métaphysique. À vingt ans, il esquisse des ébauches de conceptions d'ordinateurs en les représentant le plus souvent comme des êtres humains dont chaque calculateur serait un organe.

Lorsque arrive la Seconde Guerre mondiale, il met au point une calculatrice automatique qui permet aux Alliés de décrypter les messages codés par la machine «Enigma» nazie.

Grâce à son invention, on sait dorénavant où sont prévus les prochains bombardements et des milliers de vies humaines seront ainsi préservées.

Quand John von Neumann met au point aux États-Unis le concept d'ordinateur physique, Turing, lui, élabore le concept d'«intelligence artificielle». En 1950, il rédige un essai qui fera référence: Les machines peuvent-elles penser? Il a pour grande ambition de doter la machine d'un esprit humain. Il estime qu'en observant le vivant, il trouvera la clef de la parfaite machine à penser.

Turing introduit une notion nouvelle pour l'époque et pour l'informatique, la «sexualité de la pensée». Il invente des jeux-tests où le but est de distinguer un esprit masculin d'un esprit féminin. Turing affirme que l'esprit féminin se caractérise par l'absence de stratégie. Sa misogynie ne lui vaut pas que des amis et explique qu'il soit quelque peu tombé dans l'oubli.

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