On croyait avoir tout vu sur le port de Saint-Tropez, cette Sodome du XXe siècle. Eh bien, pas du tout! Hier matin, vers les 10 heures, l'armateur Satrapoulos s'est fait agresser devant son propre yacht par Emilio Gonzales del Salvador. Cela ne vous dit rien? Mais si! Il s'agit de « M. Menelas », immédiatement surnommé, après le drame : « le chauve aphrodisiaque ». Au cours d'une croisière qui les ramenait de Palma, Emilio, « Mimi » pour les intimes, délaissant sa panthère d'épouse, a fait une cour assidue à la belle Lena Satrapoulos. On ne sait si elle a répondu à ses avances, mais, au cours d'une tempête terrible, ils sont restés sur le pont alors que tous les autres, malades se bourraient de comprimés contre le mal de mer. A l'arrivée, Satrapoulos reprocha à son épouse d'avoir abusé d'une nausée passagère pour se livrer à « une inconduite notoire ». Mimi s'interposa. Coups et horions. Malheureusement, tout le monde dormait encore à Saint-Tropez et, seuls, quelques pêcheurs d'oursins ont pu se régaler du spectacle. Pour séparer les antagonistes, il a fallu que Lord Eaglebond et Stany Pickman, autres passagers de marque, s'en mêlent. Quant à la Menelas, elle s'est jetée sur Lena, quelle a traitée de « voleuse de mari », et l'a mordue cruellement au bras. Ce n'est pas tout. Deux heures plus tard, Satrapoulos, l'un des derniers séducteurs internationaux, dans la lignée des Ali Khan, Porfirio Rubirosa ou Juan Cappuro, vexé sans doute d'avoir joué les victimes, se vengeait à la grecque en invitant à son bord une vingtaine de filles absolument nues. Ivre de jalousie, Lena, le bras couvert de pansements, contacta son avocat pour le prier d'entamer une procédure de divorce. Aux dernières nouvelles, elle est partie pour Saint-Moritz afin d'y rejoindre ses deux bambins, les jumeaux Achille et Maria, qui s'y trouvent en villégiature. Toutefois, avant de laisser parler son cœur de mère, Lena, en mordue inquiète, a tenu à se faire faire une piqûre antitétanique. Pour ne pas être en reste, la Menelas se rendait au même moment chez un autre médecin pour y subir une injection antirabique. Laquelle de ces deux dames en colère contaminera l'autre?

Le Grec, écœuré, froissa le quotidien qui puait l'encre fraîche. Il avala une gorgée de café noir sans sucre. L'article était titré : QUAND LES MILLIARDAIRES SE BATTENT COMME DES CHIFFONNIERS, et signé par un certain Jean-Paul Sarian. Quel con! Comment pouvait-on imprimer de tels bobards? Évidemment, il y avait ce petit détail qui ne lui déplaisait pas, en deuxième colonne, quand le pisse-copie le désignait comme « l'un des derniers séducteurs internationaux dans la lignée des Ali Khan, Porfirio Rubirosa ou Juan Cappuro ».

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