La bonne humeur du Napolitain changea cette triste soirée en une soirée fort gaie. Mme de Rênal voulut absolument lui donner à souper. Elle mit toute sa maison en mouvement; elle voulait à tout prix distraire Julien de la qualification d’espion que, deux fois dans cette journée, il avait entendu retentir à son oreille. Le
– Encore cette histoire, dit l’aîné.
– C’est la mienne,
Ce mot fit soupirer M. de Rênal, il regarda sa femme.
– Le
– Veux-tu que je t’engage, mon cher ami? vint-il me dire.
– Et combien me donnerez-vous?
– Quarante ducats par mois. Messieurs, c’est cent soixante francs. Je crus voir les cieux ouverts.
– Mais comment, dis-je à Giovannone, obtenir que le sévère Zingarelli me laisse sortir?
–
– Laissez faire à moi! s’écria l’aîné des enfants.
– Justement, mon jeune seigneur. Le
Le lendemain, je demande une audience au terrible
– Que me veux-tu, mauvais sujet? dit Zingarelli.
– Maestro, lui fis-je, je me repens de mes fautes; jamais je ne sortirai du conservatoire en passant par-dessus la grille de fer. Je vais redoubler d’application.
– Si je ne craignais pas de gâter la plus belle voix de basse que j’aie jamais entendue, je te mettrais en prison au pain et à l’eau pour quinze jours, polisson.
– Maestro, repris-je, je vais être le modèle de toute l’école,
– Et qui diable veux-tu qui demande un mauvais garnement tel que toi? Est-ce que je permettrai jamais que tu quittes le conservatoire? Est-ce que tu veux te moquer de moi? Décampe, décampe! dit-il en cherchant à me donner un coup de pied au c… ou gare le pain sec et la prison.
Une heure après, le
– Je viens vous demander de faire ma fortune, lui dit-il, accordez-moi Geronimo. Qu’il chante à mon théâtre, et cet hiver je marie ma fille.
– Que veux-tu faire de ce mauvais sujet? lui dit Zingarelli. Je ne veux pas; tu ne l’auras pas; et d’ailleurs, quand j’y consentirais, jamais il ne voudra quitter le conservatoire; il vient de me le jurer.
– Si ce n’est que de sa volonté qu’il s’agit, dit gravement Giovannone en tirant de sa poche mon engagement, carta canta! voici sa signature.
Aussitôt Zingarelli, furieux, se pend à sa sonnette: Qu’on chasse Geronimo du conservatoire, cria-t-il, bouillant de colère. On me chassa donc, moi riant aux éclats. Le même soir, je chantai l’air
– Ah! veuillez, Monsieur, nous chanter cet air, dit Mme de Rênal.
Geronimo chanta, et tout le monde pleurait à force de rire. Il
Le lendemain, M. et Mme de Rênal lui remirent les lettres dont il avait besoin à la cour de France.