Courrier du Jura, 14 novembre 1988.

AFFAIRE SIMONIS : L’ENQUÊTE S’ORGANISE.

Face à la cruauté du meurtre de Manon Simonis, en quelques heures, Sartuis s’est transformée en forteresse militaire. Hier, 13 novembre, trois nouvelles escouades de gendarmes sont arrivées de Besançon et de Pontarlier. L’après-midi, le procureur de la République a annoncé qu’un juge d’instruction était saisi, Gilbert de Witt, et qu’un chef d’enquête était nommé, le commandant Jean-Pierre Lamberton, du Service de Recherches de Morteau. « Deux hommes d’expérience, qui ont déjà fait leurs preuves dans nos départements », a-t-il précisé.

Pourtant, le communiqué du magistrat a tourné court. Aucune information nouvelle sur l’enquête. Rien sur le rapport d’autopsie. Rien sur les témoins entendus. Le procureur n’a pas précisé non plus les hypothèses privilégiées par les gendarmes. On ne peut que louer cette discrétion. Pourtant, les habitants de Sartuis ont le droit de savoir.

Au Courrier du Jura, nous menons notre propre enquête. Nous avons appris que Sylvie Simonis, ayant subi une opération bénigne, a quitté l’hôpital hier matin. Nul ne sait où elle s’est installée depuis — sa maison reste vide. Par ailleurs, le témoignage de Martine Scotto n’a rien donné. Le mystère est total : pourquoi personne n’a vu Manon dans l’aire de jeux ? Est-elle sortie par une autre issue ? Comment, et avec qui s’est-elle rendue jusqu’au site d’épuration ? Manon était une enfant farouche, qui n’aurait jamais suivi un étranger. Voilà pourquoi les gendarmes se concentrent plutôt sur l’entourage de l’enfant.

D’autres énigmes persistent. Comme l’absence d’empreintes de pas ou de pneus sur le site d’épuration. Ou la cause exacte de la mort de Manon. Selon les sauveteurs, le décès par hydrocution est plus probable qu’une noyade. Mais pourquoi les autorités ne nous donnent-elles aucune précision ? Pourquoi ce silence à propos du rapport d’autopsie ? Gendarmes et magistrats doivent cesser ce black-out !

Dans les articles suivants, Chopard devenait le porte-parole d’une population impatiente. Les enquêteurs conservaient le silence. Au point que Chopard avait du mal à remplir son bulletin hebdomadaire. Selon lui, les gendarmes n’avaient simplement rien à dire. Ce meurtre était une pure énigme, sans logique ni explication, sans faille ni mobile.

Pourtant, dix jours après les faits, le 22 novembre, Chopard dénichait un scoop :

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