– … térinaire qui avait examiné les précédentes victimes s'estime fondé à croire qu'il s'agirait du même animal, un loup de taille peu commune. L'animal avait, on s'en souvient, attaqué plusieurs bergeries au cours des jours passés et causé la mort de Suzanne Rosselin, une habitante de Saint-Victor-du-Mont qui avait tenté de l'abattre. Cette fois, c'est à la Tête du Cavalier, dans le canton de Fours, Alpes-de-Haute-Provence, que le loup aurait, au cours de la nuit dernière, renouvelé ses méfaits, s'en prenant à cinq des brebis du troupeau. Les gardes du Parc naturel du Mercantour s'accordent à croire qu'il s'agirait d'un jeune mâle en quête de territoire et escomptent que d'ici…

Camille tendit vivement le bras pour attraper la carte.

– Montre-moi où est cette Tête du Cavalier, dit-elle à Soliman.

– De l'autre côté du Mercantour, tout au nord. Il a passé le Massif.

Soliman déplia la carte avec de grands gestes, la posa sur les genoux de Camille.

– Là, dit-il, dans les alpages. C'est sur la route rouge, celle qu'il a tracée, à deux kilomètres en retrait de la départementale.

– Il est devant nous, dit Camille. Bon sang, il est huit kilomètres devant nous.

– Merde, dit le Veilleux.

– Qu'est-ce qu'on fait? dit Soliman.

– On lui colle au cul, dit le Veilleux.

– Une seconde, coupa Camille.

Sourcils froncés, elle monta à nouveau le son de la radio qui grésillait en sourdine. Soliman voulut parler mais Camille étendit la main.

– Une seconde, répéta-t-elle.

– … qui, ne le voyant pas revenir, a alerté la gendarmerie. La victime, Jacques-Jean Sernot, retraité de l'Education nationale, âgé de soixante-six ans, a été retrouvée à l'aube, terriblement mutilé, dans un chemin de campagne à proximité du village de Sautrey, dans l'Isère. Son assassin lui aurait ouvert la gorge. Selon sa famille et ses connaissances, Jacques-Jean Sernot était un homme paisible et les circonstances du drame sont pour l'instant inexpliquées. Une enquête a été ouverte par le Parquet de Grenoble qui estime que les éléments perm…

– Ce n'est pas pour nous, dit Soliman en sautant à bas du camion. Sautrey, c'est un petit bled au bout du monde, au sud de Grenoble.

– Comment fais-tu pour connaître tout le pays?

– Le dictionnaire, dit Soliman en soulevant et décrochant sans effort la lourde mobylette suspendue au flanc du camion.

– Montre-moi ça sur la carte, dit Camille.

– Là, dit Soliman en pointant son doigt. Ce n'est pas pour nous, Camille. On ne va pas endosser tous les meurtres du pays. C'est au moins à cent vingt bornes d'ici.

– Peut-être bien. C'est tout de même sur la route de Massart et le type a été égorgé.

– Et après? Égorgé, étranglé, c'est encore la meilleure méthode quand tu n'as pas de flingue. Laisse tomber ce Sernot, ne te disperse pas, ce sont les brebis qui nous intéressent. C'est à la Tête du Cavalier qu'il est passé. Ils ont peut-être vu sa voiture, là-bas.

Soliman poussa la mobylette sur quelques mètres pour la faire démarrer.

– Prenez-moi à la sortie du village, dit-il, je vais faire trois courses. Eau, huile, bouffe. On mangera en route.

“Prévoyance”, dit-il en s'éloignant “Faculté de voir d'avance. Action en conséquence.”

À une heure trente, Camille laissa la bétaillère à l'entrée du Plaisse, le hameau le plus proche des pâturages de la Tête du Cavalier, en bordure de la départementale 900. Le Plaisse comptait une vieille église au toit couvert de tôles, un café et une vingtaine de maisons déglinguées, faites de pierres, de planches et de réparations en parpaings. Le café survivait grâce aux dons des habitants, les habitants survivaient grâce à la présence magnétique du café. Camille espéra qu'une voiture s'arrêtant la nuit en bord de route avait de bonnes chances d'être aperçue.

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