– Dieu, Dieu est contre toi, vieillard. Renonce! C’est un mauvais voyage! mal commencé, mal poursuivi; pendant qu’il est encore temps, laisse-moi brasser carré, vieillard, et me servir du vent pour nous ramener au pays, pour un voyage meilleur que celui-ci.
En entendant Starbuck, l’équipage, frappé de terreur, courut aux bras, bien que toute voile eût été emportée. Pendant un instant, ils firent leurs les pensées du second atterré et poussèrent à demi le cri de la mutinerie. Mais jetant sur le pont les chaînes cliquetantes des paratonnerres, et empoignant le harpon qui flambait, Achab le brandit au milieu d’eux, jurant de transpercer le premier matelot qui toucherait seulement une manœuvre. Pétrifiés par son aspect, reculant devant le dard embrasé qu’il tenait, les hommes battirent en retraite avec épouvante, et Achab éleva à nouveau la voix:
– Tous vos serments de chasser la Baleine blanche sont le même lien qui est mien, et cœur, âme, corps, poumons et vie, le vieil Achab est lié. Et afin que vous sachiez selon quelle humeur bat ce cœur, voyez tous, je souffle ainsi la dernière crainte!
Et d’un seul souffle il éteignit la flamme.
Lorsque l’ouragan balaie la plaine, les hommes fuient voisinage d’un orme géant et solitaire, dont la hauteur et la puissance ne sont que gages de danger, qu’attirance pour la foudre. De même, aux derniers mots d’Achab, les matelots le fuirent dans la terreur et le désarroi.
CHAPITRE CXX
– Il faut amener la vergue de grand hunier, sir. Le collier s’est relâché et la balancine sous le vent a des torons coupés. Dois-je l’amener, sir?
– N’amenez rien, aiguilletez. Si j’avais des bouts-dehors de bonnettes je les ferais hisser à présent.
– Sir? – au nom du ciel! – Sir?
– Eh bien?
– Les ancres fatiguent, sir. Dois-je les faire hisser à bord?
– N’amenez rien, ne hissez rien, mais amarrez tout. Le vent fraîchit, mais il n’a pas encore atteint mon plateau élevé. Vite, veillez-y. Par les mâts et les quilles! il me prend pour le patron bossu de quelque barque de pêche. Amener ma vergue de grand hunier! Marins d’eau bénite! Les pommes de mât les plus hautes sont faites pour les vents les plus sauvages, et la pomme de mât de mon cerveau fend maintenant l’écume des nuages. L’amènerai-je? Oh! il n’y a que les lâches pour amener les voiles de sa pensée au moment de la tempête. Quel boucan là-haut! Je le considérerais même comme sublime, si je ne savais que la colique est une maladie bruyante. Oh! prenez une purge, prenez une purge!
CHAPITRE CXXI Minuit. Les pavois du gaillard d’avant
– Non, Stubb, vous pouvez taper sur ce nœud autant que vous voudrez, jamais vous ne ferez entrer dans ma tête de la même manière ce que vous venez de dire. Il y a peu de temps vous me disiez juste le contraire? Ne m’avez-vous pas dit une fois que tout navire commandé par Achab devrait payer une surprime d’assurance tout comme s’il était chargé de barils de poudre à l’arrière et d’allumettes à l’avant? N’ajoutez rien! N’est-ce pas ce que vous m’avez dit?