La pensée d’Alma avait jailli de son esprit comme un flot de panique. Qval Djema marqua un long temps de pause. Son visage perdait parfois de sa netteté, s’estompait entièrement, devenait une simple tache claire ou bien – et Alma se demandait si elle n’était pas victime d’illusions d’optique – arborait de nouveaux traits, masculins ou féminins, comme si une infinité de personnages coexistaient à l’intérieur du Qval.

Nous ne sommes que les gardiens des eaux. Les fils de l’éternel présent. Il revient aux hommes de se réconcilier avec le temps.

L’épreuve de l’eau bouillante n’y suffit pas ?

Elle t’a permis de vaincre tes peurs et de franchir une étape, Alma, mais n’en tire aucune vanité. Quoi que tu fasses, tu restes à jamais piquée dans la trame humaine. Comme mon père Abzalon, comme ma mère Ellula, comme tous les passagers de l’Estérion, comme moi.

Ça veut dire que j’ai des… devoirs, non ?

Elle crut entendre à nouveau le rire joyeux de Qval Djema entre les frémissements, les bouillonnements et les clapotis de l’eau bouillante.

Quel que soit le sentier choisi, tu auras une influence sur la trame.

Je suis déjà engagée sur le quatrième sentier…

Le quatrième ? Il n’y en aurait que quatre ? On doit vraiment s’y sentir à l’étroit.

Les habitants du nouveau monde en ont retenu sept.

Sept ? Sur les millions et les millions de possibilités proposées par le présent ? Quelle générosité ! Regarde-toi, Alma, ton corps est unique, ta voix est unique, ton sentier aussi est unique.

Peut-être, mais comment le trouver ?

Il ne m’appartient pas de te fournir ce genre de réponse.

Maran est… était votre époux, enfin, c’est ce que disent les légendes. Pourquoi les protecteurs des sentiers l’ont-ils choisi pour modèle ?

Qval Djema observa un nouveau silence. Alma eut l’impression qu’un visage masculin infiniment triste se substituait pendant une fraction de seconde à celui de son interlocutrice.

Maran reste à jamais mon époux. C’est à deux que nous sommes entrés dans la cuve du vaisseau, je lui garde tout mon amour. Aucun abîme, aussi profond soit-il, ne réussit à nous séparer.

La réponse ne comblait pas la curiosité d’Alma, mais elle n’insista pas, devinant que Qval Djema s’en tiendrait là.

Ellula était aussi belle que le disent les légendes ?

Tu me trouves belle ?

Alma acquiesça de tout son corps, de toute son âme, avec un enthousiasme qui faillit la précipiter dans l’eau bouillante.

Ellula était incomparablement plus belle que moi. Elle portait sur elle la splendeur de son âme.

Je descends sûrement de Lœllo : je suis une sèche, une fumée.

De Lœllo et du grand Ab, de Clairia et d’Ellula. Tu as en toi tous les héros de l’Estérion, Alma.

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