Il est bon que nous n'oubliions pas les estropiés qui se trouvent dans cette maison, victimes de l'odieuse truculence des partisans de Saûl. Il est bien noté dans les Écritures que l'on doit faire attention aux loups qui pénètrent dans la bergerie déguisés en moutons. Le docteur de la Loi, qui nous a fait tant de mal, a toujours préféré les grandes manifestations spectaculaires contre l'Évangile au Sanhédrin. Qui sait s'il ne nous prépare pas actuellement un nouveau piège de grande ampleur ?

À une telle question, le gentil Barnabe a plié le front en silence. Pierre a remarqué que la réunion se divisait en deux groupes. D'un côté il y avait lui et Jean qui soutenaient les avis favorables ; de l'autre, Jacques et Philippe qui étaient pour le mouvement contraire. Après avoir entendu l'avertissement de Nicolas, il s'est exprimé avec douceur :

Mes amis, avant de prononcer tout point de vue personnel, il conviendrait de réfléchir à la bonté infinie du Maître. Au cours de ma vie, avant la Pentecôte, j'admets que toutes sortes d'erreurs sont apparues sur mon chemin d'homme fragile et pécheur. Je n'hésitais pas à lapider les plus malheureux et j'en suis même arrivé à conseiller le Christ d'en faire autant ! Comme vous le savez, j'ai été de ceux qui l'ont nié à l'heure extrême. Néanmoins, depuis que nous est arrivée la connaissance par l'inspiration céleste, il ne serait pas juste d'oublier le Christ dans toutes nos initiatives. Nous devons nous dire que si Saûl de Tarse cherche à se valoir de telles mesures expéditives pour affliger de nouveaux coups aux serviteurs de l'Évangile, alors il est devenu encore plus malheureux qu'avant quand il nous tourmentait ouvertement. Étant pour autant un nécessiteux comme les autres, je ne vois pas de raisons suffisantes pour lui refuser nos mains fraternelles.

Percevant que Jacques se préparait à défendre l'avis de Nicolas, Simon Pierre a continué, après une courte pause :

Notre frère vient de se rapporter au symbole du loup qui apparaît sous la peau d'un mouton généreux et humble. Je suis d'accord avec cette expression de zèle. C'est pourquoi, conformément à la responsabilité qui m'a été confiée, je n'ai pas pu accueillir Saûl quand aujourd'hui il a frappé à notre porte. Je n'ai rien voulu décider sans votre concours, le Maître nous a enseigné qu'aucune œuvre utile ne pourra se faire sur terre sans la coopération fraternelle. Mais profitant de l'avis énoncé, examinons avec sincérité le problème imprévu qui nous est posé. En vérité, Jésus nous a avertis contre le ferment des pharisiens en nous disant que le disciple devra posséder en lui la douceur des colombes et la prudence des serpents. Nous sommes d'accord sur le fait que Saûl de Tarse peut être le loup symbolique. Mais même ainsi, pourvus de cette connaissance hypothétique, nous aurions une profonde question à résoudre. Si nous fleurons pour la paix et l'amour, que faire du loup après l'avoir effectivement identifié ? Le tuer ? Nous savons que cela n'entre pas dans notre ligne de conduite. Ne serait-il pas plus raisonnable de réfléchir à la possibilité d'une domestication ? Nous connaissons des hommes rudes qui réussissent à dominer des chiens féroces. Où serait alors l'esprit que Jésus nous a légué en tant que patrimoine sacré, si par des craintes mesquines nous cessions de pratiquer le bien ?

La parole concise de l'apôtre eut un effet singulier. Jacques lui-même semblait désappointé par ses précédentes réflexions. En vain, Nicolas chercha de nouveaux arguments pour formuler d'autres objections. En observant le pesant silence qui s'était fait, Pierre a dit calmement :

En conséquence, mes amis, je propose de demander à Barnabe de rendre personnellement visite au docteur de Tarse, au nom de cette maison. Lui et Saûl ne se connaissent pas et profiteront d'autant mieux de cette occasion, car en le voyant, le jeune tarsien ne se rappellera pas de son passé à Jérusalem. Si c'était l'un de nous qui lui rendait visite pour la première fois, peut-être serait-il gêné, jugeant nos propos comme s'il s'agissait de quelqu'un qui lui demanderait des comptes.

Jean applaudit cette idée chaleureusement. En raison du bon sens révélé par les suggestions de Pierre, Jacques et Philippe se dirent satisfaits et tranquilles. Ils se mirent d'accord pour que Barnabe lui rende visite le lendemain. Ils attendraient Saùl de Tarse avec intérêt. Si sa conversion était vraiment réelle, ce serait d'autant mieux.

Le diacre de Chypre se démarquait par sa grande bonté. Son expression affectueuse et humble, son esprit conciliateur, contribuaient dans l'église à trouver des solutions pacifiques sur tous les points.

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