Ces vers ont été écrits dans un moment où il était permis d'être découragé. Grâce à Dieu, ce moment n'est plus. Nous avons repris l'attitude que nous n'aurions pas dû perdre. Ce n'est plus celle que nous avait donnée le bras du Prince votre père, mais elle est encore assez belle. Nous n'avons pas de mot pour exprimer celui de
Quoique je ne vous aie pas importuné de mes lettres pendant ce temps de calamités, je n'ai pas manqué d'avoir de vos [662] nouvelles, je savais que vous vous portiez bien et que vous vous amusiez, ce qui très certainemenent est digne du décaméron. Vous avez lu en temps de peste, au lieu d'écouter des contes, c'est aussi très philosophique.
Je suppose que mon frère s'est trouvé à l'assaut de Varsovie; je n'en ai pas de nouvelles. Mais qu'il était temps de prendre Varsovie! Vous avez lu je suppose les vers de J.[oukovsky] et les miens: pour Dieu, corrigez celui-ci
Mettez: гробов. Il s'agit des tombeaux de Ярослав et de ceux des saints de Печора; cela est édifiant et présente un sens [quelquonc]. [663]
J'espère me présenter chez vous vers la fin de ce mois. Sarsko-sélo est étourdissant; Pétersbourg est bien plus retraite.
Если есть в Сыне Отечества ответ Ф.[еофилакту] Косичкину, то пришлите мне, сделайте милость. Очень благодарен за Телеграф.
Hé bien, mon ami, qu'avez Vous fait de mon manuscrit? Le choléra l'aurait-il emporté? Mais le choléra, dit-on, n'est pas venu chez vous. N'aurait-il pas pris la clef des champs, par hasard? Mais en ce cas, donnez m'en, je Vous prie, avis quelconque. J'ai eu grand plaisir à revoir de votre écriture. Elle m'a rappelé un temps qui ne valait pas grand'chose à la vérité, mais où il y avait encore espoir; les grandes déceptions n'étaient pas encore advenues. Je [me] parle de moi, vous entendez bien; mais pour Vous aussi il y avait, je crois, de l'avantage à n'avoir pas encore épuisé toutes les réalités. Douces et brillantes ont été vos réalités à Vous, mon ami. Cependant, toujours, il y en a-t-il qui valent les fausses attentes, les trompeurs pressentiments, les menteuses visions de l'heureux âge des ignorances? Vous voulez causer, disiez-Vous: causons. Mais prenez garde, je ne suis pas riant; Vous, Vous êtes nerveux. Et voyons, de quoi causerons-nous? Je n'ai qu'une pensée, Vous le savez. Si, par aventure, je trouve autres idées dans mon cerveau, elles se rattacheront certainement à celle-là: voyez si cela vous arrange? Encore si vous me suscitiez quelques idées de votre monde, si vous me provoquiez? mais vous voulez que je parle le premier: soit, mais encore une fois, gare aux nerfs! Donc voici ce que je vais Vous dire. Vous êtes-vous aperçu qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire dans les entrailles du monde moral, quelque chose de semblable à ce qui se passe, dit-on, dans les entrailles du monde physique? Or, dites-moi, je Vous prie, comment en êtes-vous affecté? Il me semble, quant à moi, que c'est la matière poétique tout à fait, ce grand renversement des choses; Vous ne sauriez y être indifférent, d'autant [plus] que l'égoisme de la poésie y a ample pâture à ce que je crois: le moyen de n'être pas soi-même froissé dans ses plus intimes sentiments, au milieu de ce froissement général de tous les éléments de la nature humaine! J'ai vu tantôt une lettre de votre ami, le grand poète; c'est un enjouement, une hilarité, qui font peur. Pourriez-vous me dire, comment cet homme, qui avait naguère une tristesse pour chaque chose, ne trouve-t-il pas aujourd'hui une seule petite douleur pour la ruine d'un monde? Car regardez, mon ami, n'est-ce point là vraiment un monde qui périt; et, pour qui ne sait pressentir le monde nouveau qui va surgir en sa place, [voyez si ce [?]] ce n'est pas autre chose qu'une ruine affreuse qui se fait. [Vous] N'auriez-Vous pas non plus un sentiment, une pensée à donner à cela? Je suis sûr que le sentiment et la pensée se couvent à votre insu dans quelque profondeur de votre âme, seulement, de se produire au dehors, elles ne sauraient, ensevelies [qu'elles] que probablement ils sont dans ce tas de vieilles idées d'habitude, de convenance, dont, vous avez beau dire, tout poète est inévitablement [tout] pétri, quoiqu'il fasse; attendu, mon ami, que depuis l'indien Valmiki, le chantre du Ramayana, et le grec Orphée, jusqu'à l'écossais Byron, tout poète a été tenu jusqu'à cette heure de redire toujours la même chose, dans quelque lieu du monde qu'il eu chanté.