Tribuns audacieux, orateurs populaires,Le colosse du nord excite vos fureurs;Laissez la, croyez-moi, vos absurdes clameurs,Les Slaves opposés à des Slaves leurs frèresNe vous demandent pas d'irriter leurs douleurs;Au foyer paternel c'est un débat antique,Issus de même race, ennemis dès longtemps,Les peuples divisés, tour à tour triomphants,Combattent par instinct et non par politique.Jamais sous un drapeau les a-t-on vu s'unir?Le Sarmate inquiet et le Russe fidèleOnt à vider entre eux leur sanglante querelle;S'il faut que l'un succombe, est-ce à nous de périr?L'un perdra-t-il son nom, ou l'autre son Empire?Pour que l'un d'eux triomphe, il faut que l'autre expireEt le monde ébranlé ne peut les contenir;Voilà tout le débat! — gardez donc le silence,Étrangers à nos mœurs, étrangers à nos lois!Dans ce drame imposant votre impuissante voix      N'est qu'une insulte à cette lutte immense;Vous ne connaissez pas nos griefs, nos malheurs,Nos fastes arrosés et de sang et de pleurs,Nos triomphes d'un jour, nos haines séculaires;      Praga, Moscou muets et solitairesNe vous remplissent pas d'un morne et saint effroi…Que sert de prodiguer à ce colosse-roi         Vos invectives surannées?N'a-t-il pas dédaignant de lâches destinéesAux flammes de Moscou répudié la loiDu tyran qui foulait vos aigles enchaînées?Serait-ce pour avoir naguère en vos rempartsRespecté vos travaux, vos monuments, vos arts,De l'esprit et du gout merveilles éclatantes;Nous qui vainqueurs venus des bouts de l'universAu pied de la Colonne établissant nos tentesAu prix de notre sang, avions brisé vos fers?Déclamateurs fougueux, descendez dans l'arène;Voyons, le vieux Géant est-il tout épuisé?Du glaive d'Ismayl le fer est-il brisé?      La voix du Tsar retentit-elle à peine         Dans le monde civilisé?Avons-nous donc perdu nos droits à la victoire?Comptons-nous peu de bras? — A l'appel de la gloireSavez-vous que des flancs du Caucase orageuxJusques aux bords glacés où la nature expire,Dès rives du Niémen jusqu'au Céleste empire,Comme un seul homme armé, vingt peuples généreux      Vont s'élancer dans la carrière?Franchissant des climats l'éternelle barrière,S'ils venaient, vos guerriers, rhéteurs ambitieux,S'ils venaient dans ces champs où reposent leurs frères,      Près de leurs tertres funéraires      Bientôt ils dormiraient comme eux. [681]689. П. А. Вяземскому. Середина (около 15) октября 1831 г. Царское Село.
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