Приложение 1 APR`ES LA TECHNIQUE

Le titre de ma communication pr^ete `a 'equivoque; je vais donc commencer par en fixer le sens pr'ecis. Puis j’exposerai pourquoi il me para^it bon, par-del`a l’'equivoque, d’aborder de cette mani`ere la “question de la technique”.

“Apr`es la technique”, voil`a ce qui s’entend spontan'ement dans le sens de la succession, comme lorsqu'on dit: «apr`es la pluie, le beau temps». Le titre ainsi compris, on s’attend `a ce que soit envisag'e: ce qui viendra apr`es la technique.

Or ce n’est pas du tout ainsi qu’il faut entendre mon titre — et d’abord pour la simple raison qu’il n'y aura pas d’apr`es la technique en ce sens-l`a! Si la technique est bien un ph'enom`ene qui conna^it incontestablement un “avant”, il ne peut y avoir un “apr`es” elle (ce qui, `a supposer que nous soyons suffisamment capables d’en appr'ehender l’indication, devrait d'ej`a nous donner suffisamment `a penser). Il n’y aura pas quelque chose pour faire suite `a la technique parce qu’il s’agit avec cette derni`ere d’un ph'enom`ene 'eminent d’irr'eversibilit'e. Peut—^etre faudrait-il d’embl'ee pr'eciser que ce mot de “ph'enom`ene”, lui non plus, n’a pas ici l’acception courante d’'ev'enement manifestement extraordinaire. “Ph'enom`ene” doit s’entendre au contraire comme invite `a le prendre Heidegger, c’est—`a-dire comme: ce qui, pour parvenir pleinement en vue, requiert une ph'enom'enologie — c’est- `a—dire une pleine attention, ax'ee notamment sur le souci qu’il convient de d'eployer pour accueillir non procustement ce qui demande `a ^etre pris en vue — pour s’y prendre avec lui sans le soumettre `a un traitement qui le mutile (que ce soit par 'ecart`element ou par retranchement), de telle sorte qu’il puisse enfin, ce ph'enom`ene, appara^itre tel qu’il est en lui-m^eme. En ce sens d'efini, le ph'enom`ene de la technique demande un type de questionnement lui-m^eme unique.

Plut^ot que de nous occuper d`es `a pr'esent du rapport de ce ph'enom`ene au temps, revenons-en `a ce qui motive le libell'e de mon titre.

“Apr`es”, en effet, n’y a pas l’acception du latin “post’ (ceci, puis cela); il garde son acception originale, celle de notre adverbe “aupr`es”. Ainsi entendu, “apr`es” est comme l’indice d’un mouvement, et plus exactement encore: d’un mouvement de rapprochement; avec cette nuance importante que le mouvement s’efforce de parvenir `a se rapprocher de ce dont, au d'epart, il est loin. Dans la langue populaire, laquelle parle sous l’urgence, qui se renouvelle heureusement en permanence, de redonner sans cesse `a voir ce qui est dit, cette nuance est tr`es pr'esente. Dire: “courir apr`es quelqu’un” signale d’embl'ee que la course en question a lieu relativement `a quelqu’un qui, peu importe si c’est `a dessein ou non, ne cesse de rester 'eloign'e.

C’est pour rappeler une particularit'e apparemment peu not'ee du titre allemand de la conf'erence de Heidegger dont nous comm'emorons le cinquantenaire, que j’intitule ma communication “Apr`es la technique”.

Cette conf'erence, prononc'ee le 18 novembre 1953, porte le titre: “Die Frage nach der Technik” — o`u “nach der Technik” a bien l’acception que je viens de dire: “apr`es la technique” — dans la mesure o`u le questionnement s’y met en qu^ete de la technique, ph'enom`ene aupr`es duquel, malgr'e les apparences, nous ne sommes pas du tout au d'epart.

Dans notre langue, parler de question conduit `a ce que l’on formule: une question sur… (on s’interroge ainsi sur l’existence de Dieu, sur l’importance des ressources naturelles, etc.). En allemand, poser une question implique qu’elle soit formul'ee `a l’aide de la pr'eposition “nach”, laquelle d'erive de l’adjectif “nah” (le “proche”), ce qui ouvre en quelque sorte la dimension o`u pourra 'eventuellement se produire une approche de ce que l’on cherche `a conna^itre.

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