Deuxième Valet. – Pardine, monsieur, c'est un mauvais cuisinier que celui qui ne se lèche pas les doigts: ainsi ceux qui ne se lécheront pas les doigts, je ne les prendrai pas.

Capulet. – Bon, va-t'en. (le valet sort.) Nous allons être pris au dépourvu cette fois. Eh bien, est-ce que ma fille est allée chez frère Laurence?

La Nourrice. – Oui, ma foi.

Capulet. – Allons, il aura peut-être une bonne influence sur elle. La friponne est si maussade, si opiniâtre.

Entre Juliette.

La Nourrice. – Voyez donc avec quelle mine joyeuse elle revient de confesse.

Capulet. – Eh bien, mon entêtée, où avez-vous été comme ça?

Juliette. – Chez quelqu'un qui m'a appris à me repentir de ma coupable résistance à vous et à vos ordres. Le vénérable Laurence m'a enjoint de me prosterner à vos pieds, et de vous demander pardon… (Elle s'agenouille devant son père.) Pardon, je vous en conjure! Désormais, je me laisserai régir entièrement par vous.

Capulet. – Qu'on aille chercher le comte, et qu'on l'instruise de ceci. Je veux que ce nœud soit noué dès demain matin.

Juliette. – J'ai rencontré le jeune Comte à la cellule de Florence, et je lui ai témoigné mon amour autant que je le pouvais sans franchir les bornes de la modestie.

Capulet. – Ah! j'en suis bien aise… Voilà qui est bien… relève-toi. (Juliette se relève.) Les choses sont comme elles doivent être… Il faut que je voie le comte. Morbleu, qu'on aille le chercher, vous dis-je. Ah! pardieu! c'est un saint homme que ce révérend père, et toute notre cité lui est bien redevable.

Juliette. – Nourrice, voulez-vous venir avec moi dans mon cabinet? Vous m'aiderez à ranger les parures que vous trouverez convenables pour ma toilette de demain.

Lady Capulet. – Non, non, pas avant jeudi. Nous avons le temps.

Capulet. – Va, nourrice, va avec elle. (Juliette sort avec la nourrice.) – (À lady Capulet.) Nous irons à l'église demain.

Lady Capulet. – Nous serons pris à court pour les préparatifs: il est presque nuit déjà.

Capulet. – Bah! je vais me remuer, et tout ira bien, je te le garantis, femme! Toi, va rejoindre Juliette, et aide-la à se parer; je ne me coucherai pas cette nuit… Laisse-moi seul; c'est moi qui ferai la ménagère cette fois… Holà!… Ils sont tous sortis. Allons, je vais moi-même chez le comte Pâris le prévenir pour demain. J'ai le cœur étonnamment allègre, depuis que cette petite folle est venue à résipiscence. (Ils sortent.)

<p id="_Toc115358328">SCÈNE III</p>La chambre à coucher de Juliette.Entrent Juliette et la nourrice.

Juliette. – Oui, c'est la toilette qu'il faut… Mais, gentille nourrice, laisse-moi seule cette nuit, je t'en prie: car j'ai besoin de beaucoup prier pour décider le ciel à sourire à mon existence, qui est, tu le sais bien, pleine de trouble et de péché. (Entre lady Capulet.)

Lady Capulet. – Allons, êtes-vous encore occupées? avez-vous besoin de mon aide?

Juliette. – Non, madame; nous avons choisi tout ce qui sera nécessaire pour notre cérémonie de demain. Veuillez permettre que je reste seule à présent, et que la nourrice veille avec vous cette nuit; car j'en suis sûre, vous avez trop d'ouvrage sur les bras, dans des circonstances si pressantes.

Lady Capulet. – Bonne nuit! Mets-toi au lit, et repose; car tu en as besoin. (Lady Capulet sort avec la nourrice.)

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