M. de Soltikow aussitôt chercha les moyens de déterminer le Grand-Duc à faire tout ce qui était nécessaire pour se donner des héritiers. Il lui fit sentir toutes les raisons politiques qui devaient l'y engager. Il lui donna aussi une idée de plaisir tout nouveau, et parvint à le rendre incertain sur ce qu’il avait à faire. Le jour même, il arrangea un souper des personnes que le Grand-Due voyait avec le plus de plaisir, et, dans un moment de gaieté, tous se réunirent pour obtenir de ce Prince qu’il consentit à ce qu’on lui demandait. En même temps entra M. Boerhave avec un chirurgien et, dans la minute, l’opération fut faite et reussit tres bien[42]. M. de Soltikow reçut de l'Impératrice, à cette occasion, un très beau diamant.

Cet événement que M. de Soltikow croyait devoir assurer ses plaisirs et sa faveur, attira sur M. de Soltikow un orage qui le mit en danger d’être perdu. Sa maison avait beaucoup d’ennemis. Il s’en était fait beaucoup personnellement par ses airs de hauteur et par le peu de ménagement avec lequel il en usait envers ceux qu’il haïssait. On parla beaucoup de la liaison qui paraissait étre entre lui et la Grande-Duchesse; on saisit ce moment pour tâcher de le perdre près de l’Impératrice et du Grand-Duc même. On donna à l’Impératrice des soupçons sur les assiduités qu’il rendait à la Grande-Duchesse; on lui insinua quo cette opération a laquelle on avait dit avoir recours pour assurer des héritiers à l’Empire, n’était qu’une ruse employée pour colorer un accident dont on voulait faire croire le Grand-Duc l’auteur. Ces méchancetés firent une grande impression sur l’Impératrice. On crut qu’alors elle se souvint de ce que M. de Soltikow n’avait pas remarqué l’intérêt qu’elle avait bien voulu prendre à lui. Ses ennemis firent plus: ils s’adressèrent même au Grand-Duc. M. de Soltikow fut averti de ce qui se passait, il alla trouver le Grand-Duc qui le reçut avec assez de froideur. Ce Prince était seul. M. de Soltikow entra sur-le-champ en matière, et lui dit ce qu’il venait d’apprendre, qu’il n’en était point surpris, que ses bontés pour lui, la faveur dont il l’avait honoré, étaient des raisons plus que suffisantes pour lui faire un grand nombre d’ennemis; mais qu’il n’osait croire que Son Altesse Impériale n’eût point de son attachement pour lui, des idées plus justes et plus dignes de tous deux; qu’il pouvait être persuadé que le Grand-Duc perdrait avec lui le serviteur le plus dévoué. Les sentiments du Grand-Due se réchauffèrent; il embrassa M. Soltikow, lui dit qu’il avait été surpris un moment par des gens qui cherchaient à lui nuire, qu’il s’en repentait et le lui ferait voir, s’il le fallait, et qu’il lui était plus cher que jamais[43].

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