Ainsi, p ex, qu’il me soit permis de faire observer `a Votre Excellence que depuis 7 ans, c’est-`a-dire, depuis le d'epart du Comte Woronzow, c’est moi qui ai 'et'e charg'e, en tr`es grande partie, de la correspondance politique que les chefs de mission qui, depuis ce temps-l`a, se sont succ'ed'e au poste de Munich ont eu l’honneur d’entretenir avec Votre Excellence*. J’oserai m^eme ajouter, sans craindre d’^etre d'ementi par qui que ce soit, que parmi les rapports qui ont plus particuli`erement fix'e son attention et m'erit'e son suffrage, il y en a peu qui ne soient de moi: tout sur la question grecque* que sur les affaires de ce pays-ci. Ce fait Mr Potemkine, avec sa loyaut'e accoutum'ee, s’est toujours plu `a le reconna^itre, et le Prince Gagarine, non moins g'en'ereux et non moins loyal, ne se refuserait certainement pas `a l’appuyer de son t'emoignage. Si je me permets d’en faire mention dans cette circonstance, c’est qu’il me para^it prouver, autant que pourraient le faire des suffrages plus explicites, l’opinion favorable que ces deux chefs ont bien voulu se former sur mon compte, aussi bien que la confiance, dont ils m’ont constamment honor'e.

Et maintenant, Monsieur le Comte, me serait-il permis de vous expliquer pourquoi je sollicite la vacance du poste de Mr Kr"udener de pr'ef'erence `a toute autre? Oserai-je avouer `a Votre Excellence que je ne puis mettre `a profit les bienveillantes dispositions qu’elle a daign'e me t'emoigner qu’`a la condition d’obtenir pr'ecis'ement la faveur que je r'eclame.

Il y a des aveux auxquels la rigueur m^eme des circonstances ne saurait nous contraindre, si la noblesse d’^ame de celui qui les recoit ne venait `a notre secours. C’est de cette nature que sont les consid'erations que j’ai `a faire valoir en ce moment.

Bien que destin'e `a avoir, un jour, une fortune ind'ependante, je me trouve, depuis des ann'ees, r'eduit `a la triste n'ecessit'e de vivre du service. La modicit'e de cette ressource, hors de toute proposition avec la d'epense `a laquelle me condamne la position sociale o`u je me trouve plac'e, m’a forc'ement impos'e des engagements que le temps seul peut me mettre `a m^eme de remplir. C’est d'ej`a l`a un premier lien qui me retient `a Munich. Un d'eplacement, m^eme avantageux sous le rapport du service, m^eme accompagn'e d’un avancement, m’obligerait n'ecessairement `a des d'epenses nouvelles, qui, s’ajoutant aux anciennes, pourraient `a tel point accro^itre les embarras de cette position, que la faveur que Votre Excellence croirait m’avoir accord'ee, en deviendrait illusoire par l’impossibilit'e mat'erielle o`u je me trouverais d’en profiter.

Or j’ai eu l’honneur de vous dire, Monsieur le Comte, que j’avais besoin du service pour vivre. J’insisterais beaucoup moins sur cette consid'eration, je vous assure, si j’'etais seul… mais j’ai une femme et deux enfants*. Certes, personne ne saurait ^etre plus persuad'e que je ne le suis que dans une position pr'ecaire et subalterne, comme la mienne, le mariage est la plus impardonnable des imprudences. Je le sais, puisqu’il y a 7 ans que je l’expie*. Mais je serais profond'ement malheureux, je l’avoue, si l’expiation de ce tort s’'etendait `a trois ^etres qui en sont parfaitement innocents.

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