Me voil`a `a peu pr`es quitte de mes irr'esolutions et fix'e, je pense, sur ce que nous avons `a faire. D'ecid'ement pour cet hiver nous ne bougerons pas de P'etersb, car un d'eplacement dans les circonstances donn'ees nous ruinerait. Il nous serait impossible de trouver `a nous loger ici `a moins de cinq mille roubles. Ce qui joint au frais du voyage, ne laisserait que de faire une certaine diff'erence que toutes les 'economies locales ne parviendraient pas `a combler. D’ailleurs quitter P'etersb, c’est `a peu pr`es quitter le service, et je ne puis ni ne veux le faire. Ainsi nous restons. Mais j’ai promis `a ma pauvre m`ere, que cette r'esolution d'esole, que nous viendrons tous, tant que nous sommes, passer avec elle l’'et'e prochain `a Ovstoug. Elle s’est attach'ee `a cette id'ee avec une ferveur affreuse, et tu pourrais bien dans tes lettres `a ma soeur dire quelques mots `a l’appui de cet espoir que je lui donne, d’autant mieux que je le crois tr`es r'ealisable. En effet, il n’y aurait rien de tr`es difficultueux d’aller le printemps prochain 'etablir les enfants aupr`es d’elle `a la campagne pour 3 ou 4 mois de l’'et'e, et quant `a nous deux, d`es que nous sentirions l’ennui nous gagner, nous aurions la ressource de faire dans le plus beau moment de la saison une tourn'ee dans le midi de la Russie, Kiew, Odessa, la Crim'ee. Voil`a bien des projets… Revenons au pr'esent.

Moscou cette fois-ci est pour moi comme une lanterne magique dont on aurait 'eteint la lumi`ere. Je te laisse `a deviner qui est cette lumi`ere absente.

Non, je n’irai pas, ne t’en d'eplaise, voir ni Simonoff, ni aucun des endroits que nous avons visit'es ensemble. J’ai mes raisons pour cela.

La ville est d’un vide qui n’a rien de po'etique. Je d^ine et passe la moiti'e de la journ'ee chez les Souchkoff, puis le soir je vais quelquefois au club. L’autre jour nous avons 'et'e `a Sokolniky, etc. etc. Mais tu sais, il m’est tout `a fait insipide de parler de ce que je fais, tant j’y prends peu d’int'er^et.

En fait de connaissances j’ai revu Чадаев qui est dans une bien triste disposition d’esprit et de sant'e. Il se croit mourant et demande `a tout le monde des avis et des consolations.

Ce qui est d’un int'er^et plus g'en'eral, c’est la crise qui a eu lieu hier, le 13, par rapport au temps et dont les effets, je suppose, se sont 'etendus jusqu’`a vous. C’est hier que le charme a cess'e et que l’'et'e a probablement pris cong'e de nous.

Ma chatte ch'erie, j’aurais mille choses `a te dire. Mais mon horrible 'ecriture m’a rendu nerveux au dernier point, et j’ai h^ate d’en finir. Adieu. Je n’aurais jamais d^u te quitter. J’embrasse Anna et la remercie de sa lettre, mais dans l’absence je ne puis songer qu’`a toi… Adieu, ma chatte. Conserve-toi.

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Москва. 14 августа 1846

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