Quant à la société de Munich, je n’en ai retrouvé que quelques débris. Il n’y a que le corps diplomatique qui soit au complet. Mr Sévérine toujours établi hors de la ville, et qui est encore fort peu accommodé dans le pays, m’a fait l’accueil le aimable. J’ai dîné l’autre jour chez lui avec Греч, dont j’ai été bien aise de faire la connaissance. Excellent homme, chaud patriote et grand parleur*. Je devais y dîner encore aujourd’hui. Mais une invitation de la Reine douairière est venue m’enlever à la sienne.

Maltitz est absent. Mais j’espère qu’il ne tardera pas à revenir.

Vous me parlez du choléra dans votre lettre. N’en ayez, je vous prie, nul souci. D’abord il n’est pas à Turin, et selon la position de l’endroit il n’est pas même probable qu’il y vienne. Et puis je vous promets, que si j’apprenais qu’il y est, j’ajournerai mon départ*, ce qui peut se faire sans grand inconvénient. Je saurai à quoi m’en tenir, en passant par la Suisse, où je compte me rendre dans quelques jours d’ici pour y avoir une entrevue avec Potemkine qui y est en ce moment et qui probablement y restera quelque temps, vu que le choléra règne à Rome avec une grande intensité. D’après les dernières nouvelles la maladie était arrivée jusqu’à Florence. Quant à Gênes, il n’y a eu que des cas isolés.

Ce qui m’inquiète bien plus que le choléra italien, c’est le typhus qui règne à Varsovie. J’espère que Nicolas persistera dans son projet de venir vous voir à Pétersbourg, et une fois près de vous, faites-moi le plaisir de le garder jusqu’à ce que vous puissiez le renvoyer sans danger à Varsovie. Oh les maudites distances.

Je viens d’écrire à ma femme une longue lettre*. Je vous avoue que son voyage me préoccupe et m’inquiète beaucoup. Je lui ai dit les inconvénients réels que je voyais à le lui laisser entreprendre dans cette saison et dans les circonstances actuelles. Je ne répéterai pas ici toutes les raisons que je lui allègue dans ma lettre. Ce serait trop long. D’ailleurs, en vous en parlant, elle vous les fera connaître. D’abord je crains beaucoup la fatigue du voyage qui depuis quelque temps n’est rien moins que bonne et qui pour se refaire un peu aurait grandement besoin de quelques mois de repos et de tranquillité, tandis que de nouvelles fatigues et des tribulations nouvelles finiront par l’abîmer complètement.

Puis donc l’impossibilité où l’on est de calculer juste à d’aussi énormes distances, je crains fort qu’arrivée à Munich, elle ne soit empêchée par un obstacle quelconque de continuer, et il suffirait d’un retard de quelques jours pour faire manquer tout son voyage et l’obliger de passer l’hiver en Allemagne. Ce qui serait très pénible pour elle, très désagréable pour moi et entretiendrait pour tous deux de notables dérangements. D’ailleurs, pour qu’à son arrivée à Turin nous ne nous trouvions pas replongés dans de nouveaux embarras, il faut de toute nécessité que nous ayons obtenu du Ministère, avec l’aide d’Amélie Krüdener, de quoi faire face aux frais de prendre établissement. Cette condition est de rigueur. Car si les embarras pécuniaires sont une grande calamité partout toujours, ils sont cent fois plus intolérables dans un pays où l’on est tout à fait étranger et en face d’une société où vous ne pouvez espérer de trouver aucun point d’appui.

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