Ma femme qui a fait avec moi une grande partie du voyage ne m’a quitté qu’à Carlsbad, d’où elle est directement retournée à Munich, pour ne pas laisser trop longtemps les enfants privés de sa surveillance. Nous sommes d’abord allés à Prague* que je ne connaissais pas encore et que j’ai visitée avec le plus grand intérêt. C’est une magnifique ville et qui à quelques égards rappelle Moscou. A Carlsbad, au moment où nous y sommes venus, la saison tirait à sa fin*, et nous n’y avons trouvé que peu de monde. Maintenant je vais songer à mon retour. Je partirai d’ici après-demain et passerai par Leipsick, où la foire se tient en ce moment, et Dresde, où je compte aller voir la cousine Языков, née Ивашев*. Grâce aux chemins de fer, dont une partie est déjà achevée, toutes ces villes se sont magiquement rapprochées. Dans quelques jours le chemin de fer de Leipsick à Berlin sera entièrement terminé, et ce qui jusqu’à présent exigeait deux jours de voyage, se fera dans 7 heures. D’ici à quelque temps l’Allemagne toute entière grâce aux chemins de fer ne tiendra pas plus de place sur la carte du voyageur que n’en occupe maintenant une seule de ses provinces.

Quant à mon voyage en Russie, je n’y ai nullement renoncé, mais je ne pourrai le faire qu’au printemps prochain. La saison est déjà si avancée que si j’allais maintenant à Pétersb, je me verrais obligé d’y passer tout l’hiver, ce qui ne saurait me convenir et ce à quoi ma femme, d’ailleurs, ne se résignerait jamais, et un séjour de quelques semaines ne remplirait pas l’objet pour lequel je veux y aller. Je vous ai dis, je crois, que c’est principalement sur l’intérêt de la Gr-Duchesse M que je compte pour placer l’une ou l’autre des petites à l’Institut. Mais comme la G-Duchesse attend ses couches, le mois prochain*, le moment serait peu opportun de s’adresser à elle. Mes propres affaires, d’ailleurs, ne s’accommoderaient pas d’un séjour, comme le dernier. Cette fois, quand j’irai en Russie, je veux y passer des mois entiers, ne fût-ce que pour avoir le loisir d’aller vous faire une visite à Ovstoug, et pour réaliser tout cela j’ai besoin d’avoir un été tout entier à ma disposition.

C’est une triste chose que de devoir ainsi ajourner à des mois les projets qui nous tiennent au cœur. Mais qu’y faire? A mesure que l’âge vient, la dépendance de l’homme redouble, jusqu’à ce qu’enfin on se trouve un beau matin cloué à sa place, comme un arbre en terre. Grâce à Dieu, je n’en suis pas encore là, et si Dieu nous prête vie, nous nous reverrons bien certainement l’été prochain*.

Vous ne parlez pas dans vos lettres de la santé de Dorothée, ce qui me fait croire, chers papa et maman, que les nouvelles que vous en recevez sont satisfaisantes. Faites-lui, je vous prie, mes amitiés, ainsi qu’à son mari. Mon silence, j’espère, ne pourra ni me faire entièrement oublié par elle, ni la faire douter de l’attachement que je lui porte. Quant à Nicolas, qui, je présume, est plus que jamais à Varsovie, puisque l’Empereur s’y trouve en ce moment, je m’en vais tout à l’heure essayer de lui écrire et je veux même lui adresser cette lettre pour vous la faire parvenir. Cela m’épargnera des redites, à moi, et un grand détour à la lettre… Et lui aussi, quand donc le reverrai-je?..

Quelques jours avant mon départ de Munich j’ai reçu la lettre de change de 3000 r que vous avez eu la bonté de m’envoyer par Pétersb. Je vous en offre mes plus sincères remerciements.

Comment ont été vos récoltes cette année? Des voyageurs russes m’ont assuré qu’en général la récolte a été bonne en Russie. Dieu veuille vous dédommager des trois terribles années dont vous venez d’être affligés.

Adieu, chers papa et maman. Que le Ciel vous protège et vous conserve. Je baise tendrement vos mains. T. Tutchef

Перевод

Веймар. 10/22 сентября 1841

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