A en juger par les journaux de ce qui se passe là où vous êtes, vous assistez à ce moment à une curieuse expérience — à l’effort d’un moribond qui cherche sournoisement à étouffer un adversaire dont il n’a jamais pu venir à bout, même lorsqu’il était plein de vie et de vigueur*, mais ce spectacle, tout instructif qu’il est, vu de près, doit être profondément triste et écœurant… Il serait fort à désirer, toutefois, dans l’intérêt de la bonne cause, que les choses, pour le moment au moins, ne soient pas poussées jusqu’à l’extrême, c’est-à-d jusqu’à un conflit matériel qui serait fatal au bon droit, attendu que la Russie, hélas, n’est pas encore à point, pour lui prêter main-forte, et que tout autre secours, surtout un secours, venant du côté de la Prusse, lui serait positivement fatal. Mais une fois venu le jour de la grande lutte, on peut, je crois, affirmer, contrairement à l’assertion de Beust, que Prague ne sera pas livrée par la Russie. Ceux, qui nous gouvernent, n’en savent assurément rien à l’heure qu’il est, mais ils ne manqueront pas de le savoir quand le moment sera venu… C’est cette confiance, parfaitement motivée et légitime, qu’il s’agirait par tous les moyens possibles de propager en Bohême. Car une Bohême slave, parfaitement autonome et indépendante, la Russie dans son intérêt le plus évident aurait dû l’inventer, si elle n’existait déjà en principe, et cette assertion est beaucoup plus vraie que celle de Palazky* dans le temps… Une Bohême indépendante, appuyée sur la Russie, telle est la combinaison très simple et très efficace que l’histoire tient en réserve, pour faire à son heure échouer l’unité de l’Allemagne qui, en dépit des apparences, a, selon , moins de chances que jamais à se réaliser et n’aboutira, en définitive, à n’être qu’une Prusse considérablement agrandie.

Mais on devrait avoir honte de toute cette logomachie tant de fois ressassée et de tout ce bavardage politique à perte de vue devant ce sombre et sinistre silence que gardent encore les événements…

Ici, pour le moment, l’événement du jour c’est la désertion générale, pas précisément un exode, mais une sortie de classe. Dans huit jours Pétersbourg sera complètement désert. Moi, pour ma part, je compte après demain m’en aller à Moscou, et de là à la campagne… L’autre jour je me trouvais à Oranienbaum où il a été beaucoup et bien affectueusement question de vous… La G-D Hélène comptait partir pour Carlsbad mercredi prochain, c’est-à-d le 17 de ce mois.

Et sur ce laissez-moi — en attendant vos ordres — vous serrer la main et me dire, cher Юрий Федорыч, votre bien dévoué Ф. Тчв.

Перевод

Петербург. 13 июля 1868

Наконец-то, любезный Юрий Федорович, могу доложить вам о вашем ларе с книгами, который, подобно кораблю, долго пропадавшему в море, благополучно вошел в гавань. Теперь вышеназванный ларь стоит в Комитете, ожидая ваших распоряжений относительно вручения его по принадлежности*. Я же ожидаю, и еще с большим нетерпением, ваших пражских изданий, а именно того, срыву которого вы так успешно помешали своим столь же мудрым, сколь быстрым отъездом…*

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