Ma chatte chérie, voilà treize jours que je suis sans nouvelles, car le dernier signe de vie, que j’aie eu de vous, est du 17 de ce mois, jour de votre départ de Péters. Je vous suppose arrivées dès le 20. Reste donc dix jours, pour recevoir une lettre d’Ovstoug, ce qui me paraît plus que suffisant, en supposant que la lettre ait été écrite.

Me voilà depuis quatre jours arrivé et établi à Toeplitz, et cependant le médecin ne m’a pas permis jusqu’à présent de commencer les bains, tant il a trouvé tout mon organisme remué et surexcité par les dix jours de cure que j’ai fait à Carlsbad. Car non seulement cela m’a valu une recrudescence d’affections névralgiques dans les pieds, mais des maux de tête continuels, également de provenance névralgique.

Aujourd’hui cependant je compte prendre le premier bain, avec toutes les précautions imaginables, et en ne restant pas plus de dix minutes au bain. — Je te donne tous ces fastidieux détails rien que pour l’acquit de ma conscience, car il me paraît souverainement ridicule de se préoccuper de la guenille dans un pareil moment. Ce qui se passe a l’air d’un rêve. — Les Français ne résistant pas mieux que les Autrichiens à l’ascendant irrésistible de la fortune de la Prusse*. Le sort de la France remis aux chances d’une seule bataille qui se livre peut-être en ce moment. Le vieux Barberousse*, les yeux déjà tout grands ouverts, prêt à sortir de sa caverne, l’Empire napoléonien prêt à y rentrer pour faire place à l’Empire germanique, — et tout cela a moitié accompli dans l’espace de moins d’une semaine. — On se frotte les yeux et on se demande, si on rêve ou si on est éveillé?..

Ci-jointe une lettre de ton frère qui, comme tu penses bien, m’est allée au cœur et que tu aimeras à lire. Je serai bien contrarié, si je rentrais en Russie sans l’avoir revu… Et voici quelques lignes de Daria qui m’ont moins satisfaites, tant j’ai la nausée de ce tourisme à tout prix, poursuivant ses évolutions à travers tout*, et même sur les ruines du monde, s’il le fallait, sans autre préoccupation que celle de son petit bien-être, le plus sordidement personnel possible. Il y a là quelque chose de tout bonnement méprisable, du vieux garçon célibataire en crinoline… Et cependant moi-même, à quoi suis-je occupé ici, sinon à rafistoler une vieille loque toute usée? Mais tu me dois le témoignage que je le fais bien malgré moi. — Toeplitz d’ailleurs est un charmant séjour. Je loge porte-à-porte avec P Melnikoff*, et très confortablement. La société ne manque pas. Les deux frères Муханов*, qui me soignent de toutes les manières, le couple Potapoff, que je vois beaucoup, la Ctesse Fersen, les Шувалов, qui arrivent ce soir de Carlsbad, où ils ont manqué être noyés par une inondation, etc. etc. Il ne me manque, pour que ce fût du bien-être, que d’être rassuré sur ce qui te concerne. Car depuis le fatal 11 juillet* je n’ai, sauf le télégraphe, pas recueilli un mot de toi, pas un indice de l’état où tu es… C’est là ce qui est dur. — J’embrasse Marie et vous confie toutes deux à la garde de Dieu.

Перевод

Тёплиц. 30 июля/11 августа

Милая кисанька, вот уже тринадцать дней я не имею от вас известий, ибо в последний раз вы дали мне о себе знать 17-го сего месяца, в день вашего отъезда из Петербурга. Полагаю, добрались вы не позже 20-го. Значит, остается десять дней на то, чтобы сюда дошло письмо из Овстуга, срок, мне кажется, более чем достаточный, при условии, что это письмо было написано.

Вот уже четыре дня, как я водворился в Тёплице, однако доктор до сих пор не допускал меня до ванн, найдя, что мой организм чересчур растревожен и перевозбужден десятидневным лечением в Карлсбаде. Ибо оно обернулось для меня не только обострением невралгических болей в ногах, но и усилением постоянных головных болей, тоже невралгического происхождения.

Перейти на страницу:

Поиск

Книга жанров

Все книги серии Ф.И.Тютчев. Полное собрание сочинений и писем в шести томах

Похожие книги