— Richemont ! C'est le ciel qui l'envoie ! Je vais l'accueillir.

Elle se tourna vers Catherine avec un geste qui invitait à la suivre, mais se ravisa devant la mine défaite de la jeune femme.

— Allez vous reposer, ma chère, dit-elle avec bonté. Madame de Chaumont va vous conduire. Demain, je vous ferai mander et nous tirerons nos plans.

Silencieusement, Catherine s'inclina et suivit la dame d'honneur pendant que Yolande sortait par une autre porte. Elle se sentait la tête affreusement vide et se déplaçait machinalement, comme à travers des nuages.

Docilement, elle se laissa mener, sans un mot, à une chambre située à l'étage supérieur et dont les deux fenêtres donnaient sur la grande cour. Elle n'avait aucune envie de parler et Madame de Chaumont respecta son silence. C'était une aimable jeune femme blonde, au visage rond et aux grands yeux bruns, vifs et joyeux, qui semblait, avoir toutes les peines du monde à maîtriser une extrême vitalité. Très jeune puisqu'elle n'avait pas vingt ans, Anne de Bueil était toute de même mariée depuis cinq ans à Pierre d'Amboise, seigneur de Chaumont, et elle avait deux enfants, mais il n'y paraissait guère. Elle semblait faire un effort continuel pour contraindre sa nature exubérante à la vie quelque peu compassée d'une cour royale.

Visiblement, elle avait très envie de bavarder, mais, non moins visiblement, Catherine avait surtout besoin de repos et de calme. La petite Madame de Chaumont se contenta donc de lui décocher un sourire éclatant.

— Vous voici chez vous, Madame de Montsalvy. Je vais vous envoyer d'abord votre suivante et ensuite deux caméristes pour vous aider à vous installer. Aimeriez- vous un bain ?

Les yeux de Catherine brillèrent à l'évocation de ce délice oublié.

Un bain ! Il y avait des mois qu'elle n'en avait pris. Dès l'automne il avait fait trop froid dans les rudimentaires étuves de Carlat et, depuis qu'elle avait quitté l'Auvergne, son voyage ne lui avait pas offert pareil confort.

— J'aimerais bien ! fit-elle, rendant son sourire à la jeune femme.

Il me semble que je porte sur moi toutes les boues du royaume !

— C'est l'affaire de quelques instants !

Et Anne de Chaumont disparut dans un grand tourbillon de velours rouge et de satin gris. Demeurée seule, Catherine faillit se laisser tomber sur le lit, mais le vacarme qui s'élevait de la cour l'attira vers les fenêtres. Il y avait tant de torches allumées, tant de pots à feu brûlant dans leurs cages de fer que l'on y voyait comme en plein jour et que le reflet de toutes ces flammes dan sait au plafond de la chambre de Catherine, luttant victorieusement contre le bouquet de bougies et le feu de la cheminée conique qui en assuraient la lumière et la chaleur.

En bas, une véritable armée de serviteurs en livrée, de pages, d'écuyers, de soldats, de dames et de gentilshommes entouraient un groupe de cavaliers bardés de fer, impressionnant mur gris aux reflets sinistres, à peine éclairé par les tabards blancs aux queues d'hermine noire de Bretagne. Ces chevaliers se pressaient autour d'une grande bannière blanche, portant un sanglier arrêté devant un petit chêne vert et la devise « Que qui le veuille ! » brodée sur une banderole rouge. A quelques pas en avant de leur groupe, un homme, dont le heaume portait en cimier un lion d'or couronné, mettait pied à terre avec l'aide d'un écuyer. La visière pointue du casque était relevée et Catherine reconnut le visage balafré du Connétable. D'ailleurs la grande épée de France, fleurdelysée, battait le flanc gauche du redoutable Breton.

Catherine vit la reine Yolande descendre vivement les marches du perron et s'avancer, les deux mains tendues, un rayonnant sourire aux lèvres, vers l'arrivant. Elle vit le dur visage de Richemont s'adoucir tandis qu'il s'agenouillait pour baiser la belle main qu'on lui offrait.

D'où elle était, Catherine ne pouvait entendre ce qui disait, mais elle remarqua qu'entre la duchesse-reine et le chef de guerre l'entente semblait complète, absolue et en tira un profond réconfort. Elle se souvenait de la sympathie que Richemont avait toujours montrée à Arnaud et de l'obstination avec laquelle cet homme de fer menait ses affaires. Yolande, Richemont, c'étaient les deux indestructibles piliers sur lesquels elle comptait bâtir l'avenir de son petit Michel.

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