L'oncle Vernon avait revêtu son plus beau costume. Certains auraient pu voir là un geste de bienvenue, mais Harry savait que c'était seulement parce qu'il voulait paraître impressionnant, intimidant même. Dudley, lui, semblait plutôt diminué, non pas en raison de son régime qui n'avait encore aucun effet, mais par la peur. Sa dernière rencontre avec un sorcier lui avait valu de se retrouver affublé d'une queue de cochon en tire-bouchon qui dépassait de son pantalon et ses parents avaient dû l'emmener dans une clinique privée de Londres pour la faire enlever à grands frais. Il n'était donc pas surprenant de voir Dudley passer fébrilement la main dans son dos en marchant de côté afin de ne pas présenter la même cible à l'ennemi.

Le déjeuner se déroula dans un silence quasi complet. Dudley ne protesta même pas contre la composition du menu (fromage blanc et céleri râpé). La tante Pétunia ne mangea rien du tout.

Elle avait les bras croisés, les lèvres pincées et semblait mâchonner sa langue comme si elle s'efforçait de retenir la furieuse diatribe qu'elle brûlait de prononcer contre Harry.

– Ils vont venir en voiture, bien entendu ? aboya l'oncle Vernon, assis de l'autre côté de la table.

– Heu..., dit Harry.

Il ne s'était pas posé la question. Comment les Weasley allaient-ils venir le chercher ? Ils n'avaient plus de voiture : la vieille Ford Anglia qu'ils possédaient était retournée à l'état sauvage dans la Forêt interdite de Poudlard. L'année dernière, cependant, Mr Weasley avait emprunté une voiture au ministère de la Magie. Peut-être allait-il faire la même chose aujourd'hui ?

– Je pense, oui, répondit enfin Harry.

L'oncle Vernon renifla d'un air méprisant. Normalement, il aurait dû demander quelle était la marque de la voiture de Mr Weasley. Il avait tendance à juger les autres d'après la taille et le prix de leurs voitures. Mais Harry doutait que l'oncle Vernon puisse jamais éprouver de la sympathie pour Mr Weasley, même si celui-ci avait roulé en Ferrari.

Harry passa la plus grande partie de l'après-midi dans sa chambre. Il ne supportait pas de voir la tante Pétunia regarder à travers les rideaux toutes les trente secondes, comme si on avait signalé qu'un rhinocéros échappé du zoo se promenait dans les parages. Enfin, à cinq heures moins le quart, il redescendit dans le salon.

La tante Pétunia tapotait machinalement les coussins. L'oncle Vernon faisait semblant de lire le journal, mais ses yeux minuscules restaient immobiles et Harry était persuadé qu'il guettait le moindre bruit de moteur en provenance de la rue. Dudley était tassé dans un fauteuil, assis sur ses petites mains dodues fermement serrées sur son derrière. La tension qui régnait dans la pièce devenait insupportable; Harry préféra sortir dans l'entrée et s'asseoir sur les marches de l'escalier, les yeux fixés sur sa montre, le cœur battant.

Cinq heures sonnèrent, puis les minutes passèrent. L'oncle Vernon, transpirant légèrement dans son costume trop chaud, alla ouvrir la porte, regarda des deux côtés de la rue puis rentra vivement la tête.

– Ils sont en retard ! lança-t-il à Harry.

– Je sais, répondit Harry. Peut-être que... il y avait de la circulation.

Cinq heures dix... cinq heures et quart... Harry aussi commençait à être inquiet. A la demie, il entendit l'oncle Vernon et la tante Pétunia marmonner quelques remarques lapidaires :

– Aucune considération pour les autres.

– Nous aurions pu avoir quelque chose à faire tout de suite après.

– Ils pensent peut-être que, s'ils arrivent suffisamment tard, on les invitera à dîner.

– Il ne manquerait plus que ça ! s'indigna l'oncle Vernon.

Harry l'entendit se lever et faire les cent pas dans le salon.

– Ils emmènent ce garçon et ils s'en vont, pas question de les laisser traîner dans la maison. Si toutefois ils viennent. Ils se sont probablement trompés de jour. On peut dire que la ponctualité n'est pas une valeur essentielle, chez ces gens-là. Ou peut-être qu'ils roulent dans un vieux tas de ferraille qui est tombé en pa... aaaaaaaarrrrgh !

Harry se leva d'un bond. De l'autre côté de la porte du salon, il entendit les trois Dursley pris de panique se précipiter à l'autre bout de la pièce. Un instant plus tard, Dudley surgit dans l'entrée, l'air terrifié.

– Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui s'est passé ? s'inquiéta Harry.

Mais Dudley semblait incapable de parler. Les mains toujours crispées sur ses fesses, il se dandina aussi vite que possible vers la cuisine pendant que Harry se ruait dans le salon.

Des coups frappés contre le mur et des raclements sonores s'élevaient dans la cheminée que les Dursley avaient condamnée et devant laquelle ils avaient installé un faux feu de bois électrique.

– Qu'est-ce que c'est ? balbutia la tante Pétunia, le dos plaqué contre le mur, son regard épouvanté fixé sur le faux feu. Qu'est-ce qui se passe, Vernon ?

La réponse ne se fit guère attendre. Un instant plus tard, des voix retentirent à l'intérieur de la cheminée.

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