Je me perds dans le labyrinthe de mes conjectures à l’égard de l’impor-tant personnage d’hier au soir; Madame assure qu’elle ne peut pas le souffrir, que c’est bien l’être le plus vain et le plus insolent etc. etc. et cependant les procédés de Madame envers ce même personnage prouvent le contraire. J’ai voulu vous conjurer à me mettre sur la voie de me conduire envers un autre jeune homme et j’ai remarqué que vous avez cherché à éluder cet entretien, qu’à travers le peu de mots que vous avez daigné me dire perçait une espèce de crainte – très outrageante pour moi. Quoi, Madame, Vous, douce, d’un esprit supérieur, et d’un admirable aplomb dans vos démarches, vous craind-riez un oiseau comme celui-là: il suffirait d’une attitude assurée pour lui en imposer. Et suis-je à votre sentiment un être aussi méprisable pour que l’on craigne de s’abaisser en me parlant?.. De grâce, Madame! dites-le moi, pour que je puisse agir en conséquence. Je ne le sens que trop et je le répète encore: j’aurais dû me confiner dans mon réduit et ne jamais me rapprocher de vous: il eût suffi de vous en avoir vue une seule fois pour m’éclairer sur les dangers que je courais. Mon pauvre cœur est incorrigible et les malheurs qu’il a déjà essayés n’avaient pas réussi à le mettre à même de se tenir sur ses gardes. Mais ces mêmes malheurs ont contribué à débrouiller un peu ma cerveille, de sorte qu’avec cet air bênet que vous me connaissez, j’ai à présent un certain tact pour voir les choses comme elles sont. J’ai ri intérieurement, puis en en-tendant le maître Celiboron disserter sur l’amour platonique, j’ai parlé exprès d’amour sensuel pour lui faire comprendre l’inconvenance de la conversation où il s’embarque. Est-ce à lui d’en parler? L’aveugle ne pourra-t-il jamais ju-ger de la peinture, et le sourd de la musique?

Pardon, Madame, si ce griffonage vous ennuie. Le sort est jet é, il n’est plus à rétracter, arrive soit qui arrive: mais je ne suis pas morveux <нрзб.>

Votre esclave, qui meurt <нрзб.>

Ce 5 Mai, 1821

Je l’ai vu couler, ce sang si beau, si vermeil, j’ai vu se marier son doux vermillon à la blancheur éblouissante du plus joli pied du monde, de la jambe la mieux arrondie que j’aie eu le bonheur de voir de ma vie. Oui, Madame, j’étais ravi, extasié; et un moment après je vous en voulais mortellement. Peut-on ménager si peu une santé précieuse comme vous le faîtes? Et pourquoi? pour le vain plaisir de braver les dangers, ou plutôt, si j’ose le deviner, pour le plaisir de narguer tout le monde. J’ai poussé jusqu’à l’imprudence le tendre intérêt que je vous porte. Grondez-moi, Madame! j’ai perdu le tête, j’ai été bête, je ne comprenais plus ce que je disais. Et quel en fut le prix? Madame m’a refusé une manche qu’elle-même m’avait promis un instant d’avance. Ah! si vous voulez me faire perdre le souvenir p énible de ce refus, consentez á me faire une grâce que je vous demande au nom de cet amour qui me consume: c’est de me remettre l’appareil ensanglanté qui a été mis sur votre pied après la saignée.

Je le porterai souvent sur mon c œur et peut-être parviendra-t-il à soula-ger les peines que ce pauvre cœur endure. Le sang frais et pur a toujours eu la vertu de neutraliser les effets dévorants d’un poison lent et infaillible.

Je crus remarquer quelque chose de sinistre dans les regards de M. le Bel-vison: se pourrait-il? Non, loin de moi cette id ée, elle me serre le coeur.

Une mis érable petite conquête comme celle de mon pauvre individu, ne peut flatter personne: aussi je ne mérite pas qu’on me ménage: on peut me per-mettre d’attraper l’ombre du bonheur quand on n’a rien de mieux à faire. Mais je me rappelle bien que vous m’avez autorisé à vous suivre partout. Oui, Madame, je vous suivrai comme votre ombre, je vous suivrai partout, au risque d’être souffleté ou chassé par vous. Foi d’homme d’honneur, je le ferai (sauf de blesser les convenances) et je vous répéterai sans cesse

Tout à vous, de cœur et d’âme O. Somoff.

Ce 8 Mai, 1821.

Une journ ée entière sans vous voir, Madame! jugez de ma peine cruelle! Depuis quelque temps je suis si accoutumé, si heureux d’être près de vous, que tous les instants que je passe loin de vous me semblent perdues pour mon existence. Hélas! je me crée un bonheur basé sur m a perte! je m’enivre dans une coupe dont le fond contient ma mort.

Ce 9 Mai 1821.

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