Votre tr ès humble, très dévoué serviteur

Oreste Somoff.

Ce 27 mai, à 1 heure après minuit.

Que l ’opinion de l’objet adoré a de puissance sur nous! Elle nous élève l’âme, nous communique une dignité ou nous abaisse et nous atterrie. Peu de jours avant, lorsque j’étais honoré d’un gracieux accueil, lorsque j’avais la permission de vous suivre sans m’attirer votre indignation j’étais aux cieux, je me supposais même plus de mérite que je n’en aie, je prenais un maintien plus sûr et si j’ose le dire, plus noble, afin de pouvoir vous contempler avec plus de dignité… Aujourd’hui méprisé, proscrit, je m’humilie à mes propres yeux, je n’ose presque <оторван край листа> mes regards sur votre personne. Dans ce même instant rentré sous mon humble toit, j’hésitais si je devais allumer la lumi ère; <оторв.> craignais de remarquer quelque chose d’odieux <оторв.> et dans mes propres traits j’avais peur de moi-même.

Ce 28 Mai, à 11 heures du matin.

Le sort en est jet é; cette lettre doit parvenir à sa destination; c’est mon droit de mort… Quel supplice! mon âme est déchirée, mon cœur en proie aux mille tourments qui le torturent, ma tête s’égare!.. Soutiens-moi, juste Ciel! prête-moi assez de forces po ur pouvoir remettre cette lettre fatale.

à midi.

Ah! un mot de salut, Madame! et vous m ’arrêtez sur le bout du précipice.

Ce 31 mai 1821.

Je sais que je ne devais plus vous écrire, Madame! peut-être suis-je fau-tif envers vous: mais vous, Madame, vous qui êtes une divinité par la figure, par l’esprit, par le cœur, vous devrez aussi avoir une bonté divine, vous devrez pardonner à un homme dont la tête s’égare, dont la raison se trouble, dont le cœur est malade, et malade sans espoir de guérison. Je vous ai conjuré, com-me un signe de grâce, comme un signe de vie de m’écrire petit billet de votre main pour lundi; un billet qui m’aît dit que je ne suis pas encore tout à fait perdu dans votre opinion, que je ne suis pas méprisé, proscrit. – La journée passe, le billet n’arrive point, et je suis dans des transes mortelles qui ne s’apaisent pas même jusqu’en ce moment-ci.

Eh bien, Madame, tout vient à l’appui de mes soupçons; par excès d’hu-manité, seulement, vous n’avez pas voulu me le confirmer en face, pour ne pas réduire au désespoir un homme dont les sentiments ne vous sont que trop con-nus. Vous dirai-je, Madame? c’est exprès que dans ma dernière visite, resté seul auprès de vous, j’ai hasardé ce mot de caresse: c’était une pierre de touche, une espèce de sonde: vous n’avez pas manqué à me demander d’un air grave et d’un ton de voix sévère: Quelle caresse. C’est alors que j’ai balbutié pour vous répondre. Soyez sincère une seule fois avec moi, Madame! Dites que je vous déplais, que je vous ennuie: un aveu de cette nature sera dorénavant la boussole de ma conduite.

C ’est une chose inexplicable que le cœur: torture que j’acquiers, la tris-te certitude de n’être plus agréé, il ne bat que pour vous: mon imagination est rempli de votre image, je me promène, je vois une dame de votre taille, et c’est vous que je crois reconnaître en elle: j’écris sur ma table, je détourne la tête, et c’est vous encore que je vois à côté de moi. C’est une fièvre blanche; je bats la campagne, Madame: n’en soyez point fâchée, plaignez-moi. Hélas! que j’en-vie… je n’ose pas achever: mon père là-haut s’en fâcherait… je me prosterne devant lui.

Malheureux! et j ’ose aussi me traîner à vos pieds

Madame! Votre tr ès-humble et très dévoué serviteur O. Somoff.

ДНЕВНИК О. СОМОВА

J’ aurais payé de mon existence si j’avais pu être heureux avec elle une seule fois dans ma vie: oui, je le jure même à prèsent, quand je veux l’oublier, que si on me disait: tu seras comblé de ses faveurs, mais tu seras mort une heure après par le plus cruel des supplices, – je n’aurais point hésité. Elle a beau prêcher contre l’amour sensuel et pour l’amour platonique: elle n’est point faite pour ce dernier. Ces regards provoquants, cette haleine qui respire le plaisir, ces attitudes, ces gestes involontaires si voluptueux, si propres à inspirer et à exciter un amant passionné, ces demi-mots qui entre’ouvrent le paradis; tout cela n’est pas en harmonie avec cette chaleur douce et monotone qu’exige un amour platonique.

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