АВПРИ, ф. Секретнейшие дела

(перлюстрация), оп.6/2, д.30, лл.442-442об.

14. Copie d’une lettre du comte de S'egur `a la

comtesse de S'egur

`a Petersbourg ce 17e juillet 1789

Mon cher coeur. La nouvelle que vous m’apprenez est bien importante. Nous

voici dans l’instant de crise le plus decisif et je vous avoue que je ne puis pas en

attendre le resultat sans trouble et sans emotion. Je soupire apr`es le premier jour

de poste pour savoir l’effet de la S'eance Royale, mais je crains encore qu’on n’y

offre des partis conciliatoires qui ne seront plus accept'es, le moment des

tergiversations est pass'e. Et le Roi n’a plus d’autre parti `a prendre qu’`a se decider

pour la cause du tiers ou pour celle de la Noblesse. La derniere est plus favorable

`a la prerogative Royale, `a la tranquillit'e publique, mais la premiere a pour elle la

voix presqu’entiere de la Nation et il seroit sans doute imprudent de lui resister, au

moins je ne le conseillerois jamais. Il y a deux ans l’autorit'e pouvoit se montrer,

aujourd’hui elle doit ceder pour conserver quelque terrein; l’evenement prouvera

que je vois juste. Au reste de quelque maniere que le combat se termine entre les

privileges, les prerogatives et la libert'e, il y a deja un grand bien d’op'er'e puisque

les representans des 96/100 de la nation ont pris les dettes et les cr'eanciers sous la

garantie nationale. Cette deliberation noble et sage doit relever notre credit,

rassurer nos amis et faire fremir nos Rivaux.

Je crains que cette lettre-ci ne trouve encore Evrard `a Paris, s’il n’est pas parti, ne

negligez pas de faire ce qui depende de vous pour qu’il m’apporte des reponses de Monsieur et

de Mgeur le Cte d’Artois.

Le Pce de Nassau est tir'e de la position critique ou je le croyois, les Suedois ont neglig'e de

fortifier les isles et de lui disputer le passage, il est arriv'e sans combat `a Fredrichshamm avec sa

flotte et ses troupes et bient^ot nous entendrons probablement parler de ses exploits. Le Cte

Momonoff est parti pour Moscou, je le regrette et je suis fach'e qu’il se soit eloign'e de la Cour

dans un moment o`u tous ceux qui sont attach'es `a sa celebre, bonne et grande Souveraine ne

devroient pas la quitter d’un seul pas.

Il est heureux pour l’humanit'e que les grands hommes ne soient pas degout'es de la

bienfaisance par la legeret'e ou l’ingratitude de leurs amis. La Pesse de Nassau me parle bien

souvent de vous et avec enthousiasme, c’est un moyen s^ur de gagner mon coeur et je suis

vraiment touch'e de la vive amiti'e qu’elle me temoigne.

Ma sant'e va mieux, l’air de la campagne me fait de bien, il ne me manque

rien que le bonheur, ce qui n’est pas une bagatelle, et il me manquera toujours,

tant que je serai loin de vous.

Dites `a Octave et `a Philippe que je suis tr`es content de leurs fables et demand'es pardon `a

Laure de sa paresse, car je crains que ce ne soit de moi qu’elle tienne ce vilain deffaut l`a. Adieu,

tout.

* * *

Графине Сегюр от графа Сегюра

Петербург, 17 июля 1789 г.

Сердце мое, новость, которую Вы мне сообщили, весьма важна. Вот и

настал момент самого решающего кризиса, и признаюсь, что я не могу

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