Georges entretenait avec Déborah ce qu’il appelait une amitié, mais qui au fond était une sorte de revanche, car il était flatté. Cette fille qui l’avait fait tant souffrir, désormais lui faisait la cour.
Quand Déborah m’a vue arriver chez Georges, elle a d’abord été surprise. Georges lui avait parlé de moi, mais elle avait considéré que je n’étais pas une rivale sérieuse, étant donné que je n’étais pas médecin. Ma présence au dîner de
— Commençons le dîner, dit Georges.
— Tu vas voir ce que tu vas voir, pensa Déborah.
Pendant que les hommes mettaient leurs kippas, Déborah fit une blague sur la différence entre un
— Désolée, ce sont des blagues juives…
— Mais Anne est juive aussi, a dit Georges.
— Ah bon ? Je pensais que ton nom de famille était breton… a-t-elle répondu, circonspecte.
— Ma mère est juive, ai-je dit en rougissant.
Georges a commencé à dire la prière en hébreu, mon cœur s’est mis à battre, tout le monde suivait ses paroles en les ponctuant par un
Georges a demandé à l’un de ses neveux, qui préparait sa
— Les symboles sont le
Pendant que le neveu récitait sa leçon, tout le monde s’est assis. En me baissant vers ma chaise, la couture de ma robe s’est déchirée sur le côté. Déborah n’a pas pu s’empêcher de sourire.
— Prenez vos
J’ai pris le livre posé sur mon assiette, en essayant de cacher mon trouble, mais tout était écrit en hébreu.
Déborah s’est penchée vers moi, en parlant fort pour que tout le monde entende :
— Une
Je me suis mise à balbutier des excuses, maladroitement. De sa voix grave, Georges a commencé le récit de la sortie d’Égypte.
— «
Le récit de la
Je me laissais bercer par les réponses et par la beauté âpre du récit de la libération du peuple hébreu. Le vin de
— Nous sommes tous les perles d’un même collier.
Ce fut la fin du
Volubile, à l’aise avec tous, Déborah s’octroyait la place de maîtresse de maison. Elle faisait des compliments à chacun, posait des questions à tout le monde. Sauf à moi, évidemment. J’étais cette parente éloignée qu’on invite, pour ne pas la laisser seule un soir de fête – mais à qui on n’a rien à dire.
Bavarde, belle et drôle, Déborah se mit à parler avec humour du dîner qu’elle avait préparé pour Georges, des poivrons qu’elle avait laissés brûler, de la recette du caviar d’aubergine qu’elle tenait de sa mère, de celle des poivrons marinés qu’elle tenait de son père – elle parlait, parlait, parlait et tout le monde l’écoutait.
— Et alors ? Ta mère, elle le prépare comment le
Je n’ai rien répondu. J’ai fait comme si je n’avais pas entendu. Déborah s’est ensuite tournée vers Georges :