Au fait, as-tu résolu le problème des cinquante gâteaux par faitement identiques? Supposons que tu tombes du ciel et n'aies jamais vu de boulangerie-pâtisserie de ta vie. Tu entres par hasard, attirée par les gâteaux en vitrine, et tu aperçois cinquante petits bonshommes en pain d'épices tous identiques les uns aux autres. Tu te gratterais sans doute la tête en te demandant comment une telle similitude est possible. Certes, il manquerait peut-être un bras à celui-ci, un morceau de tête à celui- ou il y aurait une boule sur le ventre de cet autre, mais tu conviendrais après mûre réflexion qu'ils possèdent tous un trait commun. Même si aucun d'eux n'est tout à fait parfait, tu devinerais qu'ils ont une même origine. Tu comprendrais vite que ces gâteaux proviennent tous d'un seul et même moule. Mieux encore, Sophie : tu ressentirais le violent désir de voir cette forme en te disant qu'elle doit être infiniment plus par faite et donc beaucoup plus belle que toutes ses fragiles copies.

Si tu as réussi à faire ce devoir toute seule, tu as en fait résolu un problème philosophique exactement de la même manière

S

ue Platon. Comme la plupart des philosophes, il est « tombé u ciel » (il s'est assis tout à l'extrémité des poils de la fourrure du lapin). Il s'est étonné de voir tant de similitudes dans les phénomènes naturels et il en a déduit qu'il devait y avoir un nombre limité de moules qui sont « par-dessus » ou « derrière » tout ce qui nous entoure. Ces moules, Platon les appela les idées. Derrière tous les chevaux, les cochons et les hommes se trouvent lidée du cheval », lidée du cochon » et lidée de l'homme ». (De même qu'une boulangerie peut aussi bien avoir des bonshommes que des chevaux ou des cochons en pain d'épices ; une boulangerie digne de ce nom a généralement plus d'un moule, même si un seul moule est suffisant pour chaque sorte de gâteau.)

Conclusion : Platon soutenait qu'il existait une autre réalité derrière le monde des sens. Cette réalité, il l'a appelée le monde des idées. C'est ici que se trouvent les « modèles » éternels et immuables qui sont a l'origine des différents phénomènes pré sents dans la nature. Cette conception très originale constitue la théorie des idées.

Un savoir sûr

Jusqu'ici, tu me suis, Sophie? Mais tu te demandes : Platon pensait-il vraiment cela sérieusement? Entendait-il par qu'il existe de tels modèles dans une tout autre réalité?

Il ne faut sans doute pas prendre cela trop au pied de la lettre (bien qu'il faille lire à cette lumière certains dialogues de Platon). Essayons de suivre son argumentation.

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