Alors qu'elle était ainsi plongée dans ses pensées, elle entendit soudain de petits craquements dans la haie, accom pagnés d'une respiration haletante comme une vraie locomo tive à vapeur. Quelques secondes plus tard, le gros chien roux déboula comme un fou dans sa cabane. Il tenait une grande enveloppe dans la gueule.

Hermès ! s'écria Sophie. Oh ! merci !

Le chien laissa tomber l'enveloppe sur les genoux de Sophie qui étendit la main et commença à lui caresser la nuque.

Hermès, t'es un bon chien, tu sais ! murmura-t-elle.

Le chien se coucha à ses pieds et se laissa caresser quelques instants avant de repartir comme il était venu, mais suivi cette fois de Sophie.

Hermès trottait d'un pas lourd vers la forêt. Sophie le sui vait à quelques mètres de distance. Le chien se retourna quel quefois et grogna, mais il en fallait plus pour la décourager. Elle allait enfin savoir où se dissimulait le philosophe, dût- elle aller jusqu'à Athènes pour ça.

Le chien accéléra l'allure et s'engagea bientôt sur un petit sentier. Sophie pressa le pas elle aussi, mais, en l'entendant le talonner, le chien se retourna et se mit à aboyer comme un vrai chien de garde. Sophie n'abandonna pas pour autant et en profita au contraire pour gagner quelques mètres.

Alors Hermès partit en flèche, lâchant complètement Sophie qui dut admettre que jamais elle ne parviendrait à le rattraper. Elle s'arrêta et entendit le chien se perdre dans la forêt. Puis tout redevint silencieux.

Elle s'assit sur un tronc d'arbre dans une clairière, ouvrit la grande enveloppe qu'elle tenait toujours à la main et se mit à lire :

L'Académie de Platon

Heureux de te retrouver, Sophie! Enfin, depuis ta visite d'Athènes. Comme ça, tu as pu faire ma connaissance et j'ai aussi pu te présenter Platon. Alors enchaînons sans plus tarder.

Platon (427-347 avant Jésus-Christ) avait vingt-neuf ans

a

uand Socrate dut boire la ciguë. Il avait longtemps été l'élève e Socrate et suivit avec grand intérêt le procès de son maître. Qu'Athènes puisse condamner à mort l'homme le plus éminent

de la ville non seulement le marqua à jamais, mais détermina toute l'orientation de sa pratique philosophique.

La mort de Socrate fut pour Platon 1 expression exacerbée de l'opposition qui existe entre les conditions existant réelle ment dans la société et ce qui est vrai ou idéal. Le premier tra vail de Platon en tant que philosophe consista à publier la plai doirie de Socrate. D rapporta donc les propos tenus par Socrate face à la foule des jurés.

Tu te souviens certainement que Socrate n'a rien écrit lui- même. Il n'en allait pas de même pour les présocratiques, mais malheureusement la plupart des sources écrites ont été détruites. En ce qui concerne Platon, nous pensons que ses œuvres maîtresses ont toutes été sauvegardées (sans compter XApologie de Socrate, il a laissé de nombreuses lettres et vingt- cinq dialogues philosophiques complets). Si ces écrits ont pu être conservés, c'est sans doute parce que Platon créa sa propre école de philosophie à l'extérieur d'Athènes. Celle-ci vit le jour dans des jardins qui portaient le nom du héros grec Akadêmos. C'est pourquoi elle s'appela l'Académie. (D innombrables « académies » ont été depuis fondées dans le monde entier et nous n'arrêtons pas de parler dacadémiciens » ou des sujets « académiques », c'est-à-dire universitaires.)

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