– Vous êtes attendu, dit-il en raccrochant, on va vous conduire. Il fait signe à un garçon d'étage, Sauvegrain le suit dans l'ascenseur et le couloir du premier. Dans deux secondes, il va se retrouver devant
– Asseyez-vous, je suis le secrétaire de Sly, il arrive dans une minute.
Sauvegrain reconnaît sa voix, ils se sont téléphoné plusieurs fois pour mettre au point le rendez-vous, entre Los Angeles et Paris. Il lui fait un compliment sur son français impeccable.
– Je ne le parle pas aussi bien que je le souhaiterais. J'ai toujours adoré Paris, je donnerais tout pour venir plus souvent. Sly ne parle pas un mot de français, vous êtes au courant?
– Aucun problème. Monsieur Stallone reste en France longtemps?
– Il vient discuter d'un projet avec Steven Spielberg qui tourne en ce moment à Versailles, mais rien n'est encore fait. Sly en profite pour annoncer
– C'est la moindre des choses.
Stallone apparaît, tout sourire, avec des petites lunettes rondes, un pantalon en toile beige et une chemise qu'il finit de boutonner. Il serre la main de Sauvegrain, lui propose un verre et joue au maître de maison. D'un signe de tête, il fait comprendre au secrétaire qu'il préfère rester seul avec son visiteur. Sauvegrain comprend la moindre parole de la star qui fait des efforts pour parler lentement.
– Ça fait longtemps que je voulais rencontrer le créateur de
– Oui.
– Et là, mon secrétaire n'a pas été capable de nous trouver un moment?
– Vous étiez très pris par la promotion du film.
– Bah bah bah… Il faudrait tout faire soi-même. Acceptez mes excuses, monsieur Sauvegrain.
Ils échangent une seconde poignée de main, plus appuyée.
– Mes scénaristes viennent de terminer le script du 2, j'espère que vous allez aimer, on devrait tourner le mois prochain. Calcutta, L.A., et peut-être une scène avec Lady Liberty.
– À New York?
– On est en train de travailler à une idée de cascade du haut de… comment dites-vous en France?
– La statue de la Liberté.
– Ce serait drôle, non? Tout se passe bien, pour ce qui est des contrats? On vous a payé?
– Mon agent est en train de s'en occuper.
– Vous avez bien fait de nous vendre les droits exclusifs du concept, la situation est beaucoup plus nette, vous percevrez 4% des recettes sur toutes les déclinaisons du personnage. Je ne crois pas que nous tournerons
– … Bien sûr.
Pendant une petite seconde, plein de choses défilent dans la mémoire de Sauvegrain.
– Vous allez voir, le 2 sera encore plus fort que le premier.
Le secrétaire toque à la porte et passe la tête, sans entrer.
– Steven…
– Déjà?
Stallone semble gêné, il hésite.
– Tu lui dis de m'attendre un instant?
Sauvegrain a le temps de reconnaître la silhouette du visiteur dans l'entrebâillement de la porte.
– … Steven Spielberg?
– Il m'a proposé de tourner l'histoire de ma propre vie! Un petit acteur italien qui joue les troisièmes couteaux et qui un jour écrit un scénario sur la boxe! Pour l'instant je refuse d'y croire!
– Pourquoi pas, si c'est la vérité?
– Je ne sais même plus quel type j'étais, il y a vingt ans…
Une petite lueur passe dans son regard. Sauvegrain prend ça pour de la nostalgie.
– On ne va pas faire attendre M. Spielberg, dit Sauvegrain qui se lève.
– Restez assis, j'ai un tout petit point de détail à régler avec vous. Une broutille, mais ça commence à m'agacer. Il vaut mieux s’en occuper dès maintenant.
Le ton de sa voix a changé imperceptiblement. Sauvegrain se rassoit, obéissant.
– Est-ce que le nom de Jérôme Durietz vous dit quelque chose?
Une poussée d'adrénaline se répand dans le corps de Sauvegrain et vient lui chauffer les tripes.
– Jérôme… Durietz? Non, je…
– Ce type est un scénariste français qui prétend avoir créé le concept de
Sauvegrain s'empourpre et s'essuie le front.
– D'autant qu'il commence à se faire connaître chez nous grâce à je ne sais quel sit-com dont NBC vient d'acquérir les droits.
Sauvegrain se racle la gorge et se tortille dans son fauteuil.
– Écoutez, monsieur Sauvegrain, 90 millions de dollars sont engagés sur la production de