Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,L'espoir, dont l'éperon attisait ton ardeur,Ne veut plus t'enfourcher! Couche-toi sans pudeur,Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle bute.Résigne-toi, mon cœur; dors ton sommeil de brute.Esprit vaincu, fourbu! Pour toi, vieux maraudeur,L'amour n'a plus de goût, non plus que la dispute;Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte!Plaisirs, ne tentez plus un cœur sombre et boudeur!Le Printemps adorable a perdu son odeur!Et le Temps m'engloutit minute par minute,Comme la neige immense un corps pris de roideur;Je contemple d'en haut le globe en sa rondeurEt je n'y cherche plus l'abri d'une cahute.Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute?
L'un t'éclaire avec son ardeur,L'autre en toi met son deuil, Nature!Ce qui dit à l'un: Sépulture!Dit à l'autre: Vie et splendeur!Hermès inconnu qui m'assistesEt qui toujours m'intimidas,Tu me rends l'égal de Midas,Le plus triste des alchimistes;Par toi je change l'or en ferEt le paradis en enfer;Dans le suaire des nuagesJe découvre un cadavre cher,Et sur les célestes rivagesJe bâtis de grands sarcophages.
De ce ciel bizarre et livide,Tourmenté comme ton destin,Quels pensers dans ton âme videDescendent? Réponds, libertin.— Insatiablement avideDe l'obscur et de l'incertain,Je ne geindrai pas comme OvideChassé du paradis latin.Cieux déchirés comme des grèves,En vous se mire mon orgueil;Vos vastes nuages en deuilSont les corbillards de mes rêves,Et vos lueurs sont le refletDe l'Enfer où mon cœur se plaît.
Je te frapperai sans colèreEt sans haine, comme un boucher,Comme Moïse le rocher!Et je ferai de ta paupière,Pour abreuver mon Saharah,Jaillir les eaux de la souffrance.Mon désir gonflé d'espéranceSur tes pleurs salés nageraComme un vaisseau qui prend le large,Et dans mon cœur qu'ils soûlerontTes chers sanglots retentirontComme un tambour qui bat la charge!Ne suis-je pas un faux accordDans la divine symphonie,Grâce à la vorace IronieQui me secoue et qui me mord?Elle est dans ma voix, la criarde!C'est tout mon sang, ce poison noir!Je suis le sinistre miroirOù la mégère se regarde!Je suis la plaie et le couteau!Je suis le soufflet et la joue!Je suis les membres et la roue,Et la victime et le bourreau!Je suis de mon cœur le vampire,— Un de ces grands abandonnésAu rire éternel condamnés,Et qui ne peuvent plus sourire!