Elle retira sa robe et s’exhiba nue devant lui. Elle-même n’avait aucune expérience dans le domaine, mais les conversations entre les ventres-secs lui en avaient donné un aperçu théorique tantôt drôle, tantôt énigmatique. Elle avait cru deviner, lors de ses violentes confrontations avec Eshan et Kraer, qu’il suffisait à une femme de dévoiler son corps à un homme pour déclencher la montée de son désir, mais avec son mari elle n’avait obtenu aucun résultat en trois ans. Elle avait pris conseil auprès de ventres-secs très portées sur la chose. Ces dernières l’avaient abreuvée de conseils qu’elle avait tous appliqués, exception faite de certaines caresses manuelles et buccales qui entraînaient de brutales réactions de rejet de la part d’Abzalon. Elle avait déployé des trésors de patience les deux premières années, car elle comprenait qu’il devait être apprivoisé avec la plus grande douceur, mais elle avait commencé à s’en irriter les derniers mois, d’autant qu’elle percevait l’appel pressant de son propre corps, qu’elle frémissait intérieurement, que l’attention et la tendresse ne lui suffisaient plus.

Abzalon contempla le corps d’Ellula puisqu’elle l’en priait. Il voyait bien qu’elle attendait de lui une réaction, quelque chose comme une affirmation de sa virilité. Il trouvait beaux son ventre lisse ombré d’un duvet sombre, ses jambes longues et fines, ses hanches et ses épaules à l’arrondi délicat. Les seins, en revanche, le laissaient perplexe : il n’avait pas encore réussi à se déterminer face à ces deux éminences tendres dont le sommet s’ornait d’un mamelon plus foncé, plus dur. Parfois il lui prenait l’envie de les saisir à pleines mains, d’y enfouir son visage, parfois le traversait l’impulsion de les arracher comme de mauvaises herbes. La neutralité du Qval ne lui avait pas permis de pénétrer dans la région de sa mémoire où se terrait l’explication de ces réactions contradictoires, comme si c’était à lui et à lui seul de résoudre son problème.

Elle s’approcha de lui et posa son front contre le sien. Son odeur, plus forte que d’habitude, une odeur puissante et musquée de femme, le grisa.

« Nous devons tout tenter pour former un vrai couple, Abzalon », chuchota-t-elle.

Il prit conscience que le moment était venu d’affronter l’épreuve qu’il était parvenu à repousser pendant trois ans.

« La dernière fois qu’une femme a essayé, elle est passée par la fenêtre et s’est retrouvée cinquante mètres plus bas, admit-il rapidement, la gorge sèche. J’deviens fou quand on me touche là (il désignait son bas-ventre), c’est comme si on enfonçait une manette pour faire exploser un engin magnétic.

— Par bonheur, il n’y a pas de fenêtre dans notre cabine, dit Ellula avec un sourire.

— J’connais plein d’autres façons de tuer. » Il la fixa d’un air douloureux. « Je ne veux pas te tuer, Ellula.

— La mort ne me fait pas peur. Aie seulement confiance en toi comme j’ai confiance en toi. »

Il émit un grognement qu’elle interpréta comme un acquiescement. Ni l’un ni l’autre ne pouvaient se contenter d’une relation tronquée, d’une tricherie. Ils avaient uni leurs vies pour le meilleur et pour le pire, il leur fallait provoquer le pire puisque le meilleur tardait à venir. Les héros de l’Amvâya n’hésitaient pas à risquer leur vie en affrontant les mille démons de l’Egon, en lançant leurs frêles embarcations sur l’océan bouillant. Comme l’Ellula des légendes, elle devait débusquer le démon d’Abzalon ; comme les demi-dieux des mythes astafériens, il devait s’engager dans le labyrinthe intérieur où se cachait son tyran.

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