Lill était tellement frigorifiée malgré ses vêtements isothermes que, d’un regard, elle supplia Mald d’accepter la proposition du chasseur. Il empocha l’argent avec un grognement de satisfaction et leur fournit des manteaux d’aro qu’elles se hâtèrent d’enfiler bien qu’une odeur pestilentielle se dégageât des peaux sommairement tannées et cousues. Puis il saisit un bidon, remplit le réservoir d’un liquide ambré, leur intima de s’asseoir sur les renflements métalliques du plancher de la remorque, s’installa à califourchon devant le guidon et démarra l’autogliz. Le coussin d’air se gonfla en moins d’une minute et l’engin s’élança en pétaradant sur la neige immaculée.
Ils contournèrent les entrepôts, les cabanes, prirent la direction du sud, s’éloignèrent rapidement de Toukl et s’enfoncèrent dans l’encre nocturne qui se déversait maintenant à flots sur le péripôle.
Le faisceau du phare de l’autogliz heurtait les flocons qui venaient à sa rencontre, captait des mouvements dans le lointain, les éclats des yeux d’animaux éblouis, les formes fugitives de rochers torturés, d’arbustes givrés. Une puanteur de combustible montait du tuyau d’échappement et frappait les narines des deux femmes, obligées de remonter le col de leurs fourrures et de respirer les relents à peine plus supportables du tanin. Contrairement au char à vent, l’autogliz épousait en souplesse les inégalités du sol. Le vent ne parvenait pas à soulever les cheveux noirs et huilés du chasseur mais posait la pointe de sa longue barbe sur son épaule gauche.
—
—
—
Mald observa un moment les mouvements des mains du chasseur sur le guidon, ses coups de poignet pour remettre les gaz après un passage délicat, l’extrême précision de ses gestes malgré l’impressionnante dose d’alcool qu’il avait ingurgitée avant leur départ.
—