- Tout ça c'est une blague, Arthur, ou tu es vraiment devenu dingue ?

- Ni l'un ni l'autre, c'est impossible à comprendre, donc inutile à expliquer.

- Le mieux serait que je me transforme en tablette de chocolat, là maintenant, le temps passerait plus vite et je m'inquiéterais moins dans mon papier aluminium.

- C'est une option, allez, dépêche-toi.

Ils se rendirent tous deux, déguisés en médecin et ambulancier, vers le garage.

- Elle a fait la guerre, ton ambulance !

- Pardon, j'ai pris ce que je trouvais, je vais me faire engueuler bientôt ! Tu n'as qu'à me parler avec des sous-titres en allemand. Je rêve !

- Je plaisantais, elle ira très bien.

Paul prit le volant, Arthur s'assit à ses côtés et Lauren entre les deux.

- Tu veux les gyrophares et la sirène, docteur ?

- Tu veux essayer d'être sérieux ?

- Ah non, mon vieux, surtout pas, si j'essaie sérieusement de réaliser que je suis dans une ambulance empruntée pour aller piquer un cadavre dans un hôpital avec mon associé, je risque de me réveiller et ton plan serait foutu à l'eau. Alors je vais tout faire pour être le moins sérieux possible, comme ça je continue de croire que je suis dans un rêve à la limite du cauchemar. Remarque, le bon côté c'est que j'ai toujours trouvé les dimanches soir très glau-ques, là ça pimente un peu quand même.

Lauren rit.

- Ça te fait rire toi ? dit Arthur.

- Tu ne veux pas arrêter ton truc de parler tout seul !

- Je ne parle pas tout seul.

- D'accord, il y a un fantôme à l'arrière ! Mais arrête tes apartés avec lui, ça me rend nerveux !

- C'est elle !

- Quoi elle ?

- C'est une femme, et elle entend tout ce que tu dis !

- Je veux les mêmes cigarettes que toi !

- Roule !

- Vous êtes tout le temps comme ça tous les deux ? dit Lauren.

- Souvent.

- Souvent quoi ? demanda Paul.

- Je ne te parlais pas.

Paul freina brutalement.

- Qu'est-ce qui te prend ?

- Arrête ça ! Je te jure ça me gonfle !

- Mais quoi ?

- Mais quoi, reprit-il en grimaçant. Ton truc absurde de parler tout seul.

- Je ne parle pas tout seul, Paul, je parle à Lauren. Je te demande de me faire confiance.

- Arthur, tu es complètement givré. Il faut arrê-

ter tout de suite cette histoire, tu as besoin d'aide.

Arthur haussa le ton.

- Il faut tout te dire en deux fois. Bon sang, je te demande seulement de me faire confiance !

- Tu m'expliques tout alors, si tu veux que je te fasse confiance ! hurla Paul. Parce que là tu ressembles à un dément, tu fais des trucs déments, tu parles tout seul, tu crois à des histoires de fantômes à la noix, et tu m'embarques dans une histoire à la con !

- Roule, je t'en supplie, je vais essayer de t'expliquer, et toi tu vas surtout essayer de comprendre.

Et tandis que l'ambulance traversait la ville, Arthur expliquait à son complice de toujours l'inexplicable. Il lui raconta tout depuis le début, du placard de la salle de bains jusqu'à ce soir.

Oubliant la présence de Lauren un instant, il lui parla d'elle, de ses regards, de sa vie, de ses doutes, de ses forces, de ses conversations avec elle, de la douceur des moments partagés, de leurs coups de griffes. Paul l'interrompit.

- Si elle est vraiment là, tu t'es foutu dans la merde, mon grand.

- Pourquoi ?

- Parce que c'est une vraie déclaration que tu viens de faire.

Paul tourna la tête et fixa son ami. Puis il enchaîna avec un sourire satisfait :

- En tout cas, tu y crois à ton histoire.

- Bien sûr que j'y crois, pourquoi ?

- Parce que là tu viens vraiment de rougir. Je ne t'avais jamais vu rougir, et puis il enchaîna, hâbleur: «Mademoiselle dont on va enlever le corps, si vous êtes vraiment là, je peux vous dire que mon pote est très accroché, moi je ne l'ai jamais vu comme ça avant ! »

- Tais-toi et roule.

- Je vais y croire à ton histoire, parce que tu es mon ami et que tu ne me laisses pas le choix. Si l'amitié ce n'est pas de partager tous les délires, alors c'est quoi, on se demande ? Tiens le voilà, ton hôpital.

- Abott et Costello ' ! dit Lauren, la mine radieuse, sortant de son silence.

- Où vais-je, maintenant ?

- Dirige-toi vers le sas des urgences et gare-toi.

Allume les gyrophares.

Ils descendirent tous les trois et se rendirent vers l'accueil, où une infirmière les salua.

- Vous nous amenez quoi ? dit-elle.

- Rien, on vient vous enlever quelqu'un, répondit Arthur d'un ton autoritaire.

- Qui donc ?

1. Abott et Costello : célèbre duo de comiques américains.

Il se présenta sous le nom du docteur Bronswick, il venait prendre en charge sa patiente, la dénommée Lauren Kline, qui devait être transférée ce soir.

L'aide-soignante lui réclama aussitôt les actes de transfert. Arthur lui tendit la liasse de documents.

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