Elle fit mauvaise figure, il fallait qu'ils arrivent au moment du changement de service ! Ils en auraient au moins pour une demi-heure et elle finissait sa garde dans cinq minutes. Arthur s'en excusa, ils avaient eu du monde avant. « Moi aussi, je suis désolée », reprit l'infirmière. Elle leur indiqua la chambre 505 au cinquième étage. Elle signerait leurs documents, les laisserait sur la banquette de leur ambulance en partant et préviendrait sa remplaçante. Ce n'était pas une heure pour faire un transfert ! Arthur ne put s'empêcher de lui répondre que ce n'était jamais la bonne heure, « toujours trop tôt ou trop tard ». Elle se contenta de leur indiquer le chemin.
- Je vais chercher le brancard, dit Paul pour mettre un terme à leur altercation. Je vous rejoins là-haut, docteur !
Elle proposa de les aider du bout des lèvres, Arthur déclina son assistance, lui demandant de sortir le dossier de Lauren et de le déposer avec les autres papiers dans l'ambulance.
- Le dossier reste ici, il sera transféré par voie postale, vous devriez le savoir, dit-elle.
Elle eut soudain une hésitation.
- Je le sais, mademoiselle, répondit promptement Arthur, je ne parle que de son dernier bilan, constantes, numérations, gaz du sang, NFS, chimie, hématocrites.
- Tu te démerdes rudement bien, souffla Lauren, où as-tu appris tout ça ?
- j'ai regardé la télé, chuchota-t-il.
Il pourrait consulter ce rapport dans la chambre, elle proposa de l'accompagner. Arthur l'en remercia et l'invita à finir son service à l'heure prévue, il se débrouillerait sans elle. Nous étions un dimanche, elle avait bien mérité son repos. Paul, qui était à peine revenu avec le brancard, prit son acolyte par le bras et l'engagea promptement dans le couloir.
L'ascenseur les hissa tous les trois au cinquième étage. Les portes venaient de s'ouvrir sur le palier lorsqu'il s'adressa à Lauren :
- Cela se passe plutôt bien pour l'instant.
- Oui ! répondirent en chœur Lauren et Paul.
- Tu me parlais à moi ? questionna Paul.
- À vous deux.
D'une pièce, surgit en trombe un jeune externe.
Arrivé à leur hauteur, il arrêta net sa course, regarda la blouse d'Arthur et le saisit par les épaules. « Vous êtes médecin ? » Arthur fut surpris.
- Non, enfin oui, oui, pourquoi ?
- Suivez-moi, j'ai un problème à la 508, Sei-gneur que vous tombez bien !
L'étudiant en médecine repartit en courant vers la chambre dont il venait.
- Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Arthur paniqué.
- C'est à moi que tu demandes ça, lui répondit Paul tout aussi terrorisé.
- Non, c'est à Lauren !
- On y va, on n'a pas le choix, je vais t'aider, lui dit-elle.
- On y va, on n'a pas le choix, reprit Arthur à voix haute.
- Comment ça, on y va ? Tu n'es pas toubib, tu vas peut-être arrêter ton délire avant qu'on ne tue quelqu'un !
- Elle va nous aider.
- Ah, si elle nous aide ! dit Paul en levant les bras au ciel. Mais pourquoi moi ? Pourquoi moi ?
Ils entrèrent tous les trois dans la 508. L'externe était au chevet du lit, une infirmière l'attendait, il s'adressa paniqué à Arthur :
- Il s'est mis en arythmie cardiaque, c'est un grand diabétique, je n'arrive pas à le rétablir, je ne suis qu'en troisième année.
- Ça doit lui faire une belle jambe ça, dit Paul.
Lauren souffla à l'oreille d'Arthur :
- Arrache la bande de papier qui sort du moniteur cardiaque, et consulte-la de façon à ce que je puisse la lire.
- Mettez-moi de la lumière dans cette pièce, dit Arthur d'un ton autoritaire.
Il se dirigea de l'autre côté du lit et arracha d'un geste le tracé de l'électrocardiogramme. Il le déroula largement et se retourna en murmurant : « Tu le vois, là ? »
- C'est une arythmie ventriculaire, il est nul !
Arthur répéta mot pour mot :
- C'est une arythmie ventriculaire, vous êtes nul!
Paul roula des yeux en passant sa main sur son front.
- Je vois bien que c'est une arythmie ventriculaire, docteur, mais qu'est-ce qu'on fait ?
- Non, vous ne voyez rien, vous êtes nul !
Qu'est-ce qu'on fait ? reprit Arthur.
- On lui demande ce qu'il a déjà injecté, dit Lauren.
- Qu'est-ce que vous avez déjà injecté ?
- Rien !
L'infirmière avait parlé d'un ton hautain qui traduisait à quel point elle était exaspérée par l'externe.
- On est en situation de panique, docteur !
- Vous êtes nul ! reprit Arthur, alors qu'est-ce qu'on fait ?
- Putain, on ne lui donne pas un cours, parce que le mec est en train de virer tout gris, mon pote, enfin docteur !
- Saint-Quentin ', on va direct à Saint-Quentin !
Paul trépignait.
- Calmez-vous, mon vieux, dit Arthur à Paul, puis se retournant vers l'infirmière : excusez-le, il est nouveau, mais c'était le seul brancardier disponible.
- Néphrine, en injection deux milligrammes, et on pose une voie centrale, et là, ça va se corser, mon cœur ! dit Lauren.
- Néphrine en injection deux milligrammes, s'exclama Arthur.
- Il était temps ! Je l'avais préparée, docteur, dit l'infirmière, j'attendais que quelqu'un prenne les choses en main.