Et ainsi de suite: trente-sept versets! Tout un chapitre de la Bible rédigé par Nabuchodonosor! Ça, c’est une trouvaille; la fumisterie de l’Esprit-Saint ne recule devant aucune bourde à faire avaler aux fidèles… Donc, Nabuchodonosor raconte qu’il vit en rêve un arbre immense, dont la cime touchait les cieux et sur les branches duquel se perchaient tous les oiseaux de la terre; tout à coup, un saint descendit d’un nuage et commanda d’abattre cet arbre, de n’en laisser que le tronc et les racines, de lier ces restes avec des chaînes de fer, d’arroser ce tronc et ces racines avec de la rosée, et de donner à ce tronc et à ces racines un cœur de bête pendant sept temps. Nabuchodonosor dit qu’il consulta Daniel à ce sujet et que le prophète lui révéla tout d’abord que cet arbre était sa royale personne; le reste du rêve indiquait qu’il serait déchu du trône et changé en bête durant sept années. Poursuivant son récit, Nabuchodonosor narre qu’en effet, un jour qu’il se promenait sur la terrasse de son palais et qu’il se plaisait à admirer les splendeurs de Babylone, il entendit une voix qui lui cria sa déchéance, et qu’aussitôt il fut chassé de son palais, que tous les hommes le honnirent et qu’il lut réduit à se réfugier dans les champs; que là il se mit à brouter de l’herbe, n’ayant pas d’autre nourriture pendant sept ans; qu’il lui poussa sur tout le corps des poils de bœuf et des plumes d’aigle, et que ses ongles devinrent semblables aux serres des oiseaux de proie.

Mais, à la fin de la septième année, «je levai mes yeux vers le ciel, rapporte Nabuchodonosor, et mes sens d’homme me revinrent; alors, je louai le Dieu souverain, et je retournai à Babylone; tous mes anciens conseillers me firent fête, les grands du royaume me redemandèrent, je fus rétabli sur le trône, et mon règne se termina avec plus de magnificence encore qu’au début». Il est fâcheux que Nabuchodonosor n’ait pas fait connaître qui avait régné à sa place. Il va sans dire que les savants n’ont jamais rien découvert qui se rapportât à cette prétendue déchéance du fils de Nabopolassar et à son prétendu rétablissement sur le trône au bout de sept années.

Dans le chapitre 5, Daniel, reprenant la plume, nous débite sa mirobolante aventure, connue sous le nom de festin de Balthazar. A plusieurs reprises, l’auteur nous déclare que ce Balthazar était le fils de Nabuchodonosor. Donc, ce roi d’Assyris donna un souper extraordinaire à mille de ses principaux seigneurs, et, au dessert, il eut la fantaisie de faire boire ses convives dans les vases sacrés que son père avait pris au temple de Jérusalem. Alors, tout à coup, une main parut et se mit à tracer sur la muraille des lettres d’une langue inconnue. Balthazar, effrayé, fit appeler les astrologues, les devins, les plus savants des Chaldéens, promettant de donner un collier d’or, une robe d’écarlate et le tiers de son royaume au premier qui déchiffrerait cette écriture mystérieuse et l’expliquerait; mais aucun ne put le satisfaire. Heureusement, la reine se souvint de Daniel. Le prophète arrive et, sans sourciller, lit sur le mur les mots: Mané, Thécel, Pharès.

Puis, sans dire à quelle langue ils appartiennent, il les traduit ainsi, à la grande stupéfaction de l’assemblée: «Le mot Mané signifie: Dieu a calculé ton règne, et il y a mis fin. Le mot Thécel signifie: Tu as été pesé dans la balance, et tu as été trouvé trop léger. Le mot Pharès signifie: Ton royaume a été divisé et donné aux Mèdes et aux Perses.» Balthazar, en homme qui n’a qu’une parole, fit aussitôt revêtir Daniel d’une robe d’écarlate, lui passa au cou un collier d’or, et, par un héraut, fit proclamer séance tenante que la troisième partie du royaume serait désormais sous la domination du prophète. Le chapitre se termine immédiatement par ces deux versets (30-31): «Cette même nuit-là, Balthazar, roi de Chaldée, fut tué. Et Darius de Médie prit possession du royaume, étant âgé de soixante-deux ans.»

Cette historiette du festin de Balthazar n’est pas mal imaginée; on sait quel succès elle a eu; le sujet est d’ailleurs plein d’attrait pour les peintres, qui n’ont pas manqué d’en tirer parti; aussi, que de braves gens croient que c’est arrivé! Par malheur, l’histoire est là, qui contredit formellement la Bible.

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