Impossible de le placer non plus dans les neuf années qui suivent, années de désolation en Judée, années pendant lesquelles le joug assyrien pèse plus durement que jamais sur les débris de la population israëlite, laissés à Jérusalem et autres villes des deux tribus de Juda et Benjamin. Enfin, en 388, le pharaon Apriès, après une guerre heureuse contre les Tyriens, pousse Sédécias à secouer le joug de Babylone; Apriès est vaincu en Egypte même, et, au retour de son expédition triomphante, Nabuchodonosor va mettre le siège devant Jérusalem pour la troisième fois. L’exploit de Judith ne s’est évidemment pas accompli à ce moment-là, puisque la victoire fut de nouveau aux ennemis d’Israël. C’est là le siège de dix-huit mois qui se termina par la prise de Jérusalem et la fin du royaume de Juda (587), les Assyriens étant entrés par la brèche dans la cité de David, en la nuit du 9 au 10 juillet; le temple et le palais sont détruits, les édifices publics et les maisons des particuliers sont incendiés, les remparts sont démolis; toute la famille royale est massacrée, sauf Sédécias qui, enchaîné et les yeux crevés, est emmené en captivité à Babylone avec les derniers Juifs.

Donc, de 606 à 587, Nabuchodonosor n’a cessé d’ être le fléau de la Judée; c’est uniquement pendant cette période de temps que ses armées sont venues sur le territoire hébreu, et toujours elles ont été victorieuses, soit sous les ordres de ses généraux, soit qu’il les ait commandées en personne; cela est expressément reconnu dans le livre biblique des Rois. Donc, étant donné que le livre de Judith expose le prétendu exploit de l’héroïne en l’affirmant accompli contre un général de Nabuchodonosor, étant donné que l’Assyrie n’a pas eu d’autre roi du nom de Nébukadnezzar (Nabuchodonosor), le livre de Judith, depuis sa première ligne jusqu’à la dernière, est un audacieux mensonge; et Voltaire a eu raison de dire que l’époque assignée par les théologiens à l’existence de Judith est précisément l’époque des plus grands désastres de la nation juive.

«Quelques partisans de Judith, continue Voltaire, ont soutenu qu’il y avait quelque chose de vrai dans son aventure, puisque les Juifs célébraient tous les ans la fête de cette prodigieuse femme. On leur a répondu que, quand même les Juifs auraient institué douze fêtes par an en l’honneur de sainte Judith, cela ne prouverait rien.

Les Grecs auraient eu beau célébrer la fête du cheval de Troie, il n’en serait pas moins faux et moins ridicule que Troie eût été prise par ce grand cheval de bois. Presque toutes les fêtes des Grecs et des anciens Romains célébraient des aventures fabuleuses. Castor et Pollux n’étaient certainement pas venus du ciel et des enfers pour se mettre à la tête d’une armée romaine, et cependant on fêtait ce beau miracle. On fêtait la vestale Sylvia, à qui le dieu Mars fit deux enfants (Romulus et Rémus) pendant son sommeil, lorsque les Latins ne connaissaient encore ni le dieu Mars, ni les vestales. Chaque fable avait sa fête à Rome comme dans Athènes. Chaque monument avait été édifié pour consacrer une imposture. Plus ils étaient sacrés et plus il est sûr qu’ils étaient ridicules.

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