Comme aplomb, c’est raide… Or, dans ce même chapitre, au verset 28, Isaïe dit qu’il a prononcé sa prophétie en l’an où mourut le roi Achaz, soit en 723 avant Jésus-Christ. Même en supposant qu’Isaïe n’ait pas écrit sa prophétie après coup, il faut bien reconnaître que l’auteur parle au futur, depuis la première ligne jusqu’à la dernière. Si donc cette chute du ciel s’appliquait à Lucifer-Satan, elle aurait eu lieu après la mort du roi Achaz! Et les prêtres catholiques disent ailleurs que c’est ce même Lucifer, devenu diable, qui tenta Ève sous la forme du serpent! Quelle salade de contradictions!…

Allons, voilà encore une blague catholique à biffer une bonne fois. De cette digression, qu’il importait de faire, le lecteur retiendra la preuve définitive de l’absence totale de la légende de Lucifer révolté et vaincu, dans les livres sacres des Juifs.

Nous revenons donc aux anges du chapitre 6 de la Genèse, et nous allons recourir à des sources, également très sacrées, où nous puiserons plus de détails sur le concubinage de ces bons anges avec les belles filles des hommes.

Les manuels d’histoire sainte, à l’usage des simples fidèles, ne font aucune allusion, c’est entendu, à l’aventure révélée par les quatre versets que j’ai reproduits tout à l’heure; mais ces quatre versets ne sont pas retranchés des éditions bibliques réservées aux curés. Ce n’est pas tout: les tonsurés ont un autre livre pour eux seuls, un livre qu’ils entourent d’une grande vénération, sans le divulguer, et qui se nomme le Livre d’Enoch.

Enoch, vous ne l’avez pas oublié, est ce patriarche de trois cent soixante-cinq ans, dont Jéhovah se toqua et qu’il enleva au ciel, non à l’état d’âme, mais en chair et en os, comme Jupiter enleva Ganymède, dont il s’était, lui aussi, toqué. Or, d’après une tradition, Enoch écrivit un livre, qu’il n’emporta pas en paradis, heureusement; il le légua à son fils Mathusalem, et Noé, dit-on, mit dans l’arche le précieux manuscrit. Toutefois, le livre d’Enoch fut longtemps perdu.

On dit qu’ il existait, — on ne sait où, par exemple! — au temps des apôtres. La preuve qu’on en donne est dans le Nouveau Testament. Là, l’épître de saint Jude s’exprime ainsi, aux versets 14-15: «C’est d’eux encore (les impies) qu’Enoch, septième depuis Adam, a prophétisé en ces termes: Voilà que le Seigneur vient avec ses milliers de saints, pour exercer le jugement contre tous, et pour convaincre tous les impies de toutes leurs œuvres d’ impiété.» Puisque saint Jude a cité un passage de ce livre, c’est qu’il le connaissait, parbleu! Et, pendant plusieurs siècles, les théologiens se demandaient: Qu’est devenu le livre d’Enoch?

Enfin, un voyageur assez célèbre, l’écossais Jacques Bruce, découvrit en Abyssinie le fameux livre; pour dire la vérité, c’est sur une version éthiopienne qu’il mit la main, car il est peu probable qu’Enoch ait écrit ses belles histoires dans la langue de Ménélik… Voyez un peu, tout de même, combien il est utile d’avoir une providence, quand on est théologien! Ecrit par Enoch dans la langue d’avant la tour de Babel, ce livre merveilleux avait eu la chance, quoique la langue primitive ait été brusquement perdue, de trouver un traducteur hébreu; puis, cette traduction hébraïque, connue des apôtres et des premiers pères de l’Eglise, avait disparu comme une muscade. Crac! un Écossais en découvre, vers la fin du dix-huitième siècle, une version éthiopienne complète chez les ancêtres de Ménélik. Merci, divine providence!

Notre Bruce apporta sa trouvaille à la bibliothèque bodléienne d’Oxford; joie immense des théologiens; nouvelles traductions, dont la première (1838) fut imprimée en anglais et eut pour auteur Mgr Richard Laurence, archevêque de Casel, en Irlande.

Le livre d’Enoch est divisé en onze sections. C’est dans la section 2 qu’est racontée l’histoire des amours des anges avec les filles des hommes.

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