«Abraham s’en vint donc en toute hâte dans la tente vers Sara, et lui dit: Dépêche-toi, prends trois éphata de farine, pétris-les, et fais des pains cuits sous la cendre.» (18:6)
Les traductions modernes de la Bible portent: prends trois mesures de farine. C’est à dessein que nos tonsurés mettent ce terme vague; car ce que l’Esprit-Saint dicta à l’auteur de la Genèse est superlativement grotesque. Le texte hébreu porte éphatà. Or, un épha contient vingt-neuf pintes, et, par conséquent, trois éphata représentent quatre-vingt-sept pintes ou quatre-vingt-un litres de farine. Quelle prodigieuse quantité de pain! L’usage chez les Orientaux était, il est vrai, de servir d’un seul plat en abondance; mais le patriarche prenait tout de même ses visiteurs pour des Gargantuas. Admirez encore ce qui suit:
«Puis, Abraham courut à son troupeau, où il prit un veau tendre et bon, et il le donna à un serviteur, qui s’empressa de l’apprêter. — Ensuite, il prit du kaïmak (sorte de fromage à la crème) et du lait, et le veau qu’on venait d’apprêter, et il mit le tout devant eux. Il se tenait auprès d’eux sous l’arbre, et ils mangèrent. — Alors, ils lui dirent: Où est Sara ta femme? Il répondit: La voilà sous la tente. — L’un d’eux lui dit: Je ne manquerai pas de revenir dans un an à cette même époque, si je suis encore en vie, et ta femme Sara aura un fils.» (v. 7-10)
Si je suis encore en vie est, évidemment, une façon de parler. Jéhovah, qui s’exprimait ainsi, ne pouvait douter qu’il ne dût être en vie dans un an. On dira que papa Bon Dieu et ses deux angéliques compagnons, ne se donnant pas pour des êtres surnaturels, pouvaient emprunter le langage des hommes; mais, puisqu’ils prédirent l’avenir, ils se donnaient au moins pour prophètes. Alors?…
«Sara, ayant entendu cela derrière la porte de la tente, se mit à rire; car ils étaient tous deux bien vieux, et Sara n’avait plus ses règles. — Elle rit donc en se cachant et dit en elle-même: Après que je suis devenue vieille et quand mon seigneur est si vieux, aurai-je donc encore du plaisir? — Mais Dieu dit à Abraham: Pourquoi Sara s’est-elle mise à rire, en disant: Se peut-il que j’aie un enfant, étant si vieille? — Est-ce qu’il y a quelque chose de difficile à Dieu? Or donc, je reviendrai à toi dans un an, comme je te l’ai dit, si je suis encore en vie, et Sara aura un fils. — Alors, Sara eut peur, et elle nia, en disant: Je n’ai point ri. Mais Dieu lui dit: Si fait, tu as ri.» (v. 11-15)
On a fait remarquer que cette aventure a un certain air de ressemblance avec celle du bonhomme Irius, à qui Jupiter, Neptune et Mercure rendirent visite, tandis qu’il se lamentait de n’avoir pas d’enfant; les trois dieux lui en accordèrent un, en jetant leur semence sur un morceau de cuir dont l’enfant naquit. Mais les théologiens catholiques répondent que c’est le paganisme qui a copié la Bible; selon le bénédictin Dom Calmet, il est bien clair que le nom d’Irius est le même que celui d’Abraham. A la vérité, on ne s’en douterait guère; néanmoins, ne contrarions pas le savant bénédictin pour si peu!