Dans la salle de réunion, à ses côtés, les lieutenants Colin et Norman, Raviez, Henebelle, un lieutenant-colonel de la gendarmerie et Clément Marceau, le responsable de la cellule de dactyloscopie. Des feuilles dans tous les coins. Des cartes de la région. Flandres, Audomarois, Boulonnais, Calaisis. Des faciès croqués par la fatigue et des bâillements discrets.

— Le lieutenant-colonel de gendarmerie Michiels, ici présent, pilote les opérations de recherche du corps de Bertrand Cunar, attaqua le commissaire. Notre étroite collaboration permettra de coordonner les différentes lignes d’investigation et de pallier le manque de ressources. Je ne vous présente plus Clément Marceau, notre pro de l’empreinte. J’ai insisté pour qu’il soit à nos côtés, vous allez comprendre pourquoi. Bon ! Raviez, tu résumes la situation ? Très brièvement s’il te plaît !

Clic de souris. Une photo de la fillette, prise sur la scène du crime. Une lourdeur malsaine balaya la pièce, creusa les visages. Lucie retenait sa salive alors que Raviez, impassible, se mettait à relater les faits.

Il détailla les découvertes dans l’entrepôt, confirma que le sang découvert sur l’asphalte appartenait bien à Cunar et que les chiens de la brigade canine avaient perdu la trace du chirurgien au niveau des marques de pneus, ce qui induisait l’embarquement de son corps…

— Très bien, dit le commissaire. Les éléments de l’enquête à présent. Lieutenant Colin ? Qu’a donné l’interrogatoire de la mère ?

Colin. Quarante-deux ans, des airs de fossile. Rongé par les soucis, l’envie de bien faire. Sacrifié sur la croix du travail.

— Très choquée psychologiquement, difficile à interroger. Suivie à l’hôpital Herbeaux. La petite fille a été enlevée la nuit du dix-neuf décembre, alors que le père opérait à Londres et que la mère était en congés. En cette période de l’année, le Touquet ressemble à une ville fantôme. Boutiques fermées, quasiment aucun résident, plages désertes. Des alarmes veillent sur la majeure partie des villas inhabitées mais les Cunar la branchent uniquement quand ils s’absentent. Le ravisseur s’est infiltré à l’arrière de leur jardin, a brisé la vitre en cognant sur de l’adhésif pour éviter le bruit. Il s’est payé le luxe d’emmener des tas de vêtements et des chaussures pour la petite. Une fois réveillée, la mère a trouvé une lettre dans le lit vide, signalant qu’il ne fallait en aucun cas prévenir la police, ni avant ni après la remise de rançon, au risque de représailles. Le ou les ravisseurs réclamaient deux millions d’euros… Le mari est rentré d’urgence. Durant trois jours, d’autres lettres, postées de Dunkerque, Petite-Synthe et autres patelins du coin ont suivi, indiquant aux Cunar la marche à suivre pour récupérer Mélodie. Le mari a puisé dans un compte en Belgique, billets non marqués, en coupures de cent euros. Vous connaissez la suite.

— Les Cunar habitent au Touquet toute l’année ? interrogea Raviez.

— Il s’agit juste d’un port d’attache. Les parents s’absentaient très souvent, le père ne rentrait que le week-end. Ils confiaient leur fille à Martine Cliquenois, à la fois infirmière, femme de ménage, seconde maman, dévouée à Mélodie jour et nuit. Elle skiait dans les Alpes au moment du rapt… Les Cunar possédaient aussi une chienne, Claquette, un yorkshire…

— Tuée ?

— Évaporée.

Le lieutenant Colin trempa ses lèvres dans un café brûlant, avant de continuer.

— Des tonnes d’empreintes ont été relevées sur place, mais la scène hyper contaminée risque de les rendre inutiles ou inexploitables. J’ai sous la main la liste des cent dix employés que madame Cunar a licenciés dans l’année 2003, ainsi que la copie des lettres d’insultes qu’elle et son mari ont reçues. Certaines manuscrites, d’autres réalisées à l’aide de coupures de magazines. Nous allons orienter en priorité nos recherches vers la piste des licenciés. Le labo travaille à cent pour cent sur l’étude des lettres. Avec les prélèvements ADN de ces employés et les traces que nous relèveront sur les papiers ou enveloppes, il sera facile, par comparaison, de savoir si notre meurtrier fait partie du lot. Il…

Le capitaine Raviez le coupa, des feuilles volantes plein les mains.

— Je pense qu’on peut faire une croix dessus ! Il y a une demi-heure, j’ai reçu les premiers résultats du labo…

Lucie glissa discrètement une main devant son visage, sentant que ses joues s’empourpraient. Ces conclusions, elle les connaissait en partie, parce qu’elle avait volé de l’information confidentielle. Le lieutenant Norman nota son embarras avant de détourner la tête.

Raviez poursuivit.

— Les timbres des lettres envoyées par le ravisseur ont simplement été collés avec un produit de grande surface. L’ESDA[1], quant à lui, est resté muet. Je crains donc que la piste des lettres ne nous mène pas très loin. Nous avons plus de chances en recherchant les anciens employés au contact d’un loup…

— Pardon ? s’étonna Valet.

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