Son corps disparut sous une cascade de mousse. Ses pensées s’aimantèrent vers le lieutenant. Le policier roux faisait partie de ces êtres hybrides, ces centaures mystérieux dont on ignorait s’il fallait éprouver de l’attirance ou de la répulsion en les approchant, les sentant, les caressant.

Tut ! Tut ! Tu es complètement folle ! Voilà que tu parles de caresses maintenant ! Pire qu’une droguée en manque d’héroïne !

À demi honteuse, elle fit coulisser le pan de plexiglas. Son cœur battait agréablement, des danses organiques raffermissaient ses muscles. Elle songea à ce Noël particulier, consommé au creux de la couette. Tout un symbole sur le désordre de sa vie…

Soudain, devant, des tons sombres prirent forme dans la tourmente des volutes, une esquisse furtive s’évapora devant l’entrée de la salle de bains.

Pas l’ombre de Norman. Quelqu’un d’autre. Une physionomie beaucoup plus imposante. Monstrueuse.

Lucie s’enroula en catastrophe dans une serviette, prise de bouffées asphyxiantes.

— Il… Il y a quelqu’un ?

Pas de réponse. Avait-elle rêvé ?

Non ! Bien sûr que non ! Un inconnu est entré chez toi !

— S’il vous… plaît ! Qui… est là ?

Elle se glissa contre le lavabo, longea le mur humide, recroquevillée dans sa serviette.

— Toujours pas prête ? Ha ! Les femmes !

Lucie se figea au son de la voix qui montait du salon. Elle identifia sur-le-champ la signature vocale du capitaine Raviez.

Pas possible ! Non ! Il… il n’a pas pu te voir ! Imagine la honte !

Les poils de ses avant-bras se hérissèrent.

— Je… J’arrive capitaine ! Je m’habille ! Pre… Prenez un café dans la cuisine !

Une orange épluchée le reste définitivement, même s’il nous prend l’envie de remettre maladroitement la pelure pour manger le fruit plus tard. Lucie était une orange pelée…

— Je te dépose au zoo ! cria le capitaine depuis le salon.

Lucie eut du mai à retrouver ses esprits. Un zoo… Avait-elle manqué un épisode ? Raviez poursuivit.

— Norman était obnubilé par ce poil de loup, alors il a fouiné dans les fichiers hier toute la journée. Deux plaintes ont été déposées par le directeur du zoo de Lille ! Des vols ont eu lieu. Notamment celui d’un loup !

— Un… un loup volé ?

Raviez inspectait le salon d’œillades gourmandes. Les tapisseries sombres, les statues africaines difformes, les doubles rideaux aux teintes passées. Des livres partout. Sur la table, au-dessus du téléviseur, sous les coussins du canapé. Des couvertures sang, des titres effroyables. Histoire du cannibalisme. Sur le fil du scalpel. Psychologie de la torture.

Intrigué, il s’approcha d’un meuble en teck dont les vitres d’origine avaient été remplacées par des vitres teintées. Il colla son nez sur la surface noire et aperçut, au travers de son propre reflet, une masse opaque, indéfinissable. Piqué dans sa curiosité, il tira sur la poignée. Fermé à clé…

— On a eu le retour des experts du programme Trace Loup ! continua-t-il en auscultant le meuble sous divers angles. La sous-espèce de loup est un canis lupus albus, la même que celui disparu ! Et ce n’est pas tout ! Le mois dernier, on leur a volé quatre singes capucins ! Ceux restant ont été massacrés ! Tu imagines le délire ?

Lucie prit un temps de réflexion avant de répondre.

— C’est dingue ! Le loup, puis les singes ? Et… un massacre vous dites ? Qu’en pensent les collègues lillois chargés de l’affaire ?

Tout en surveillant l’entrée de la salle de bains, Raviez jeta un œil dans un tiroir entrouvert. Manuscrit de Saint Marc. Dessous, un grimoire séculaire intitulé Magie noire, commerce avec le diable. Puis une illustration originale du Serpent Ouroboros, la queue dans la gueule, se dévorant indéfiniment. Raviez découvrit en se baissant une boîte en carton, la tira vers lui et la referma aussi vite qu’il l’ouvrit. Lui, le costaud de service, frissonna instantanément.

— Capitaine ?

— Euh… Pas… pas grand-chose ! Le dossier s’est perdu dans leurs tiroirs… Norman en a profité pour étendre ses recherches sur les autres zoos de la moitié nord.

— Alors ?

— Scénario identique au zoo de Maubeuge, voilà presque six mois ! Cinq wallabies massacrés, deux volés !

Lucie secoua sa chevelure dans une serviette-éponge, les sourcils froncés.

— Des wallabies ? Ces espèces de kangourous nains ?

— Exactement ! Un taré cherche peut-être à recréer une arche de Noé chez lui !

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