« Quand avez-vous vu Gandalf pour la dernière fois ? demanda Frodo. Savez-vous où il est, ou ce qu’il fait ? »

L’Arpenteur eut un air grave. « Je ne le sais pas, dit-il. Je suis venu dans l’Ouest avec lui au printemps. J’ai souvent fait le guet aux frontières du Comté ces dernières années, alors qu’il était occupé ailleurs. Il laissait rarement votre pays sans protection. Nous nous sommes vus pour la dernière fois le premier mai : au Gué de Sarn, en aval, sur le Brandivin. Il m’a dit que ses discussions avec vous s’étaient bien passées, que vous vous mettriez en route pour Fendeval dans la dernière semaine de septembre. Comme je le savais auprès de vous, je suis parti en voyage de mon côté. Et cela s’est avéré néfaste ; car des nouvelles lui sont parvenues à l’évidence, et je n’étais pas là pour l’assister.

« Je suis inquiet, pour la première fois depuis que je le connais. Nous aurions dû recevoir des messages, quand bien même il eût été retenu. À mon retour, il y a de cela bien des jours, j’ai eu vent de mauvaises nouvelles. Le bruit courait partout comme quoi Gandalf manquait à l’appel et les cavaliers avaient été vus. Ce sont les gens de Gildor qui me l’ont appris, et plus tard, ces mêmes Elfes m’ont dit que vous étiez parti de chez vous ; mais on n’a entendu nulle part que vous aviez quitté le Pays-de-Bouc. Voilà un moment que je surveille la Route de l’Est avec appréhension. »

« Croyez-vous que les Cavaliers Noirs aient quelque chose à voir là-dedans – avec l’absence de Gandalf, je veux dire ? » demanda Frodo.

« Je ne vois pas quoi d’autre aurait pu lui faire obstacle, hormis l’Ennemi lui-même, dit l’Arpenteur. Mais ne perdez pas espoir ! Gandalf est plus grand que vous ne le croyez dans le Comté : d’ordinaire, vous ne voyez que ses jouets et ses plaisanteries. Mais cette affaire qui nous préoccupe sera sa plus grande tâche. »

Pippin bâilla. « Je suis désolé, dit-il, mais je suis mort de fatigue. Malgré tous les dangers et toutes les inquiétudes, je dois aller me coucher au risque de dormir sur ma chaise. Où est cet étourdi de Merry ? Ce serait bien le comble si nous devions aller dans le noir à sa recherche. »

Ils entendirent alors un claquement de porte ; puis des pas se hâtèrent dans le couloir. Merry entra en courant, suivi de Nob. Il se dépêcha de refermer la porte et s’adossa contre celle-ci, tout essoufflé. Ses compagnons le dévisagèrent un moment, effrayés, avant qu’il s’exclame d’une voix entrecoupée : « Je les ai vus, Frodo ! Je les ai vus ! Des Cavaliers Noirs ! »

« Des Cavaliers Noirs ! s’écria Frodo. Où ça ? »

« Dans le village. Je suis resté ici pendant une heure. Puis, comme vous ne reveniez pas, je suis sorti faire un tour. J’étais de retour à l’auberge et je me tenais en dehors de la clarté de la lampe pour admirer les étoiles. Soudain, j’ai eu un frisson et j’ai senti quelque chose d’horrible qui s’approchait à pas de loup ; on aurait dit une ombre plus foncée parmi les ombres de l’autre côté de la rue, juste en dehors de la lumière. Elle s’est tout de suite esquivée dans les ténèbres sans faire de bruit. Il n’y avait pas de cheval. »

« De quel côté est-elle allée ? » demanda soudain l’Arpenteur avec quelque brusquerie.

Merry sursauta, n’ayant pas encore remarqué l’étranger. « Continue ! dit Frodo. C’est un ami de Gandalf. Je t’expliquerai plus tard. »

« Elle a semblé filer par la Route, vers l’est, poursuivit Merry. J’ai essayé de la suivre. Elle n’a pas mis de temps à disparaître, évidemment ; mais j’ai tourné le coin et je me suis rendu jusqu’à la dernière maison en bordure de la Route. »

L’Arpenteur le considéra avec étonnement. « Vous avez le cœur solide, dit-il. Mais c’était fou de votre part. »

« Je ne sais pas, dit Merry. Ni courageux, ni imprudent, il me semble. Je ne pouvais pas résister. C’était comme si quelque chose m’attirait. Quoi qu’il en soit, j’y suis allé, et j’ai soudain entendu des voix près de la haie.

« L’une d’entre elles marmonnait, et l’autre chuchotait ou sifflait. Je n’entendais pas un seul mot de ce qu’elles disaient. Je n’ai pas fait un pas de plus, car je me suis mis à trembler de partout. Je ressentais une peur horrible, alors j’ai fait demi-tour, et j’allais revenir ici en courant quand quelque chose s’est glissé derrière moi et je… je suis tombé. »

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