« Oui, dit Gandalf, ces portes sont sans doute régies par des mots. Certaines portes des Nains ne s’ouvrent qu’en des occasions particulières ou pour certaines personnes uniquement ; d’autres sont munies de serrures, et il faut des clés pour les ouvrir même quand toutes les autres conditions sont remplies. Ces portes-ci n’en possèdent pas. Au temps de Durin, elles n’étaient pas secrètes. La plupart du temps, elles étaient ouvertes et tenues par des gardiens. Mais lorsqu’elles étaient closes, ceux qui connaissaient la formule d’ouverture n’avaient qu’à la prononcer pour entrer. C’est du moins ce que rapportent les sources anciennes, n’est-ce pas, Gimli ? »
« En effet, dit le nain. Mais la formule n’est plus connue de nos jours. Narvi et son art, et tous les siens, ont disparu de la terre. »
« Mais
« Non ! » dit le magicien.
Les autres parurent décontenancés ; seul Aragorn, qui connaissait bien Gandalf, demeura silencieux et impassible.
« Quelle était donc l’utilité de nous emmener dans cet endroit maudit ? s’écria Boromir, jetant un coup d’œil vers l’eau sombre avec un frisson. Vous nous dites que vous êtes déjà passé à travers les Mines. Comment est-ce possible, si vous ne savez pas comment y entrer ? »
« La réponse à votre première question, Boromir, dit le magicien, est que je connais pas la formule – pour l’instant. Mais c’est ce que nous verrons bientôt. Et puis, ajouta-t-il avec une étincelle dans les yeux sous des sourcils hérissés, vous pourrez vous interroger sur l’utilité de mes actes quand ils se seront révélés inutiles. Quant à votre dernière question : doutez-vous de mon histoire ? Ou avez-vous perdu toute présence d’esprit ? Je ne suis pas entré de ce côté. J’arrivais de l’Est.
« Au cas où cela vous intéresserait, je vous dirai que ces portes s’ouvrent vers l’extérieur. De l’intérieur, il est possible de les ouvrir en poussant avec vos mains. De l’extérieur, rien ne les fera bouger hormis l’incantation de commandement. On ne peut les forcer vers l’intérieur. »
« Qu’allez-vous faire, alors ? » demanda Pippin, que les sourcils hérissés de Gandalf ne semblaient pas intimider.
« Cogner dessus avec votre tête, Peregrin Touc, dit Gandalf. Mais si ça n’enfonce pas les portes, et qu’on m’épargne un instant les questions oiseuses, je vais chercher la formule d’ouverture.
« Je connaissais autrefois tous les sortilèges, dans toutes les langues des Elfes, des Hommes ou des Orques, utilisés dans ce dessein. Je puis encore m’en rappeler quinze douzaines sans avoir à me creuser la tête. Mais il ne faudra que quelques essais, je pense ; et Gimli n’aura pas à me souffler des mots de la langue des nains, qu’ils gardent secrète et qu’ils n’enseignent pas. Les mots d’ouverture étaient elfiques, comme l’inscription figurant sur l’arche : cela paraît évident. »
Il s’avança de nouveau à la paroi, et de la pointe de son bâton, toucha légèrement l’étoile d’argent au milieu, sous le signe de l’enclume.
dit-il d’un ton impérieux. Les fils d’argent s’estompèrent, mais la pierre, grise et uniforme, ne bougea pas.
Il répéta maintes fois ces mots, dans un ordre différent ou en les variant. Puis il essaya d’autres sortilèges, l’un à la suite de l’autre, en modifiant son débit, tantôt rapide et haut, tantôt lent et doux. Enfin, il prononça, un à un, de nombreux mots d’elfique. Rien ne se produisit. La nuit gagna la haute falaise, les étoiles innombrables s’allumèrent, un vent glacial se leva et les portes tinrent bon.
Gandalf se tint de nouveau près du mur, et, levant les bras, il prit un ton de commandement où pointait sa colère grandissante.
À ce moment, le vent porta à leurs oreilles attentives un distant hurlement de loups. Bill le poney tressaillit de peur, et Sam se précipita à ses côtés pour lui chuchoter doucement à l’oreille.
« Ne le laissez pas s’enfuir ! dit Boromir. Il semble que nous en aurons encore besoin, si les loups ne nous découvrent pas. Comme je hais cet horrible étang ! » Il se pencha pour ramasser une grosse pierre qu’il lança loin dans l’eau sombre.
La pierre disparut avec un faible ploc ; mais au même moment, il y eut un flic flac et un gargouillis. De grands anneaux concentriques apparurent loin sur l’eau, derrière l’endroit où la pierre était tombée, et ils gagnèrent lentement la rive au pied de la falaise.