Il y avait quelque distance du Brandivin jusqu’à la nouvelle maison de Frodo à Creux-le-Cricq. Ils passèrent la Colline de Bouc et Castel Brandy sur leur gauche, puis, aux abords de Fertébouc, ils prirent la grand-route du Pays-de-Bouc qui partait vers le sud à partir du Pont. À un demi-mille au nord le long de cette route, ils virent un chemin s’ouvrir sur leur droite. Ils le suivirent sur un mille ou deux, montant et descendant à travers la campagne.

Enfin, ils arrivèrent à un portail étroit s’ouvrant dans une épaisse haie. La maison restait invisible dans l’obscurité : elle se trouvait en retrait du chemin, au milieu d’un grand cercle de gazon ceinturé d’arbres bas, eux-mêmes entourés par la haie extérieure. Frodo l’avait choisie parce qu’elle était sise dans un coin reculé de la campagne, et qu’il n’y avait pas d’autres habitations dans les environs. On pouvait y entrer et en sortir sans être remarqué. Elle avait été construite longtemps auparavant par les Brandibouc pour recevoir des invités, ou pour des membres de la famille désireux d’échapper un temps à l’agitation de Castel Brandy. C’était une maison à l’ancienne, de style rustique, aussi semblable que possible à un trou de hobbit : longue et basse, sans étage supérieur, elle avait un toit de gazon, des fenêtres rondes et une grande porte, ronde également.

Aucune lumière ne se voyait tandis qu’ils montaient le vert sentier depuis le portail : les fenêtres étaient sombres et les volets fermés. Frodo cogna à la porte et Gros-lard Bolgeurre lui ouvrit. Une lumière accueillante se répandit sur le seuil. Ils se glissèrent vivement à l’intérieur et s’y enfermèrent avec la lumière. Ils se trouvaient dans un large vestibule avec des portes de chaque côté ; devant eux, un corridor traversait la maison en son milieu.

« Eh bien, qu’en penses-tu ? demanda Merry en remontant le corridor. Nous avons fait de notre mieux, en si peu de temps, pour que tu aies l’impression d’être chez toi. Après tout, Gros-lard et moi sommes seulement arrivés hier avec la dernière charrette. »

Frodo regarda autour de lui. Il avait vraiment le sentiment d’être chez lui. Beaucoup de ses objets préférés – ou ceux de son oncle (ils lui rappelaient nettement Bilbo dans leur nouvel environnement) – avaient été placés comme à Cul-de-Sac, dans la mesure du possible. C’était un endroit agréable, confortable et accueillant ; et il se prit à souhaiter qu’il venait vraiment s’y installer pour couler des jours tranquilles. Il semblait injuste d’avoir donné toute cette peine à ses amis ; et il se demanda encore une fois comment il allait leur annoncer qu’il devait les quitter si vite, pour ne pas dire à l’instant. Il devrait pourtant le faire dès le soir même, avant qu’ils aillent tous se coucher.

« C’est charmant ! dit-il avec effort. J’ai à peine l’impression d’avoir déménagé. »

Les voyageurs suspendirent leurs capes et empilèrent leurs paquets sur le sol. Merry les mena le long du corridor et ouvrit une porte tout au bout. Ils entrevirent la lueur d’un feu, ainsi qu’une bouffée de vapeur.

« Un bain ! s’écria Pippin. Ô Meriadoc béni ! »

« Dans quel ordre irons-nous ? L’aîné en premier, ou le plus rapide ? Tu seras de toute façon le dernier, mon pauvre Peregrin. »

« Fiez-vous à moi pour arranger un peu mieux les choses ! dit Merry. On ne commencera pas la vie à Creux-le-Cricq en se querellant pour une histoire de bains. Dans cette pièce, il y a trois cuves, et une marmite pleine d’eau bouillante. Il y a également des serviettes, des tapis et du savon. Entrez et faites vite ! »

Merry et Gros-lard s’en furent à la cuisine, de l’autre côté du corridor, et s’attelèrent aux derniers préparatifs d’un souper tardif. Des chansons se faisaient concurrence dans la salle de bains, et leur parvenaient par bribes, mêlées aux éclaboussements et aux clapotis. La voix de Pippin s’éleva soudain au-dessus des autres et entonna l’une des chansons de bain préférées de Bilbo.

Chantons, ohé ! chantons ! pour le bon bain du soir

qui lave la fatigue et ôte la boue noire !

Bien farfelu celui qui ne chantera point :

l’Eau Chaude est chose noble, ainsi va son refrain !

Oh ! Qu’il est doux le son de la soudaine ondée

et le ruisseau courant de colline en vallée ;

mais bien mieux que la pluie et l’onde qui gémit

est l’Eau du bon bain chaud qui fume et qui frémit.

Ah ! L’eau froide, il est vrai, peut nous désaltérer :

un gosier asséché en sera contenté ;

mais la Bière est bien mieux, si boisson il nous faut,

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