– C'est par là, nous dit l'homme en costume sombre.
Il ouvrit une autre porte et nous redescendîmes un escalier qui conduisait vers les sous-sols du palais. Il nous fallut quelques instants pour nous accommoder de nouveau à la pénombre. Devant nous, un réseau de passerelles surplombait l'eau d'un canal souterrain.
– Nous sommes à la verticale de la grande salle, indiqua l'homme, faites attention où vous posez les pieds, l'eau du canal est glaciale et j'en ignore la profondeur.
Il s'approcha d'un madrier et appuya sur une clé de soutènement en fer forgé. Deux planches pivotèrent, ouvrant un chemin qui permettait de rejoindre le mur du fond. Ce n'est qu'en s'en approchant au plus près que l'on pouvait alors apercevoir une porte dissimulée dans la pierre et invisible dans l'obscurité. L'homme nous fit entrer dans une pièce. Il alluma la lumière. Une table en métal et un fauteuil composaient le mobilier. Un écran plat était accroché au mur, un clavier d'ordinateur était posé sur la table.
– Voilà, je ne peux vous aider davantage, dit le secrétaire de Vackeers. Comme vous pouvez le constater, il n'y a pas grand-chose ici.
Keira alluma l'ordinateur, l'écran s'illumina.
– L'accès est protégé, dit Keira.
Ivory sortit un papier de sa poche et le lui tendit.
– Essayez ce code. J'avais profité d'une partie d'échecs à son domicile pour le lui subtiliser.
Keira pianota sur le clavier, elle tapa sur la touche de validation, l'accès à l'ordinateur de Vackeers nous fut accordé.
– Et maintenant ? dit-elle.
– Maintenant, je n'en sais rien, répondit Ivory. Regardez ce que contient le disque dur, peut-être trouverons-nous quelque chose qui nous dirigera vers le fragment.
– Le disque dur est vide, je ne vois qu'un programme de communication. Cet ordinateur devait servir exclusivement de poste de vidéoconférence. Il y a une petite caméra au-dessus de l'écran.
– Non, c'est impossible, dit Ivory, cherchez encore, je suis certain que la clé de l'énigme s'y trouve.
– Désolée de vous contredire, mais il n'y a rien, aucune donnée !
– Remontez sur la racine et recopiez la dédicace :
L'écran afficha « commande inconnue ».
– Il y a quelque chose qui cloche, dit Keira, regardez, le disque est vide et pourtant le volume est à moitié plein. Il y a une partition cachée. Avez-vous la moindre idée d'un autre mot de passe ?
– Non, rien qui me vienne à l'esprit, répondit Ivory.
Keira regarda le vieux professeur, elle se pencha sur le clavier et tapa « Ivory ». Une nouvelle fenêtre s'ouvrit sur l'écran.
– Je crois que j'ai trouvé le témoignage d'amitié dont il vous parlait, mais il nous manque encore un code.
– Je ne le possède pas, soupira Ivory.
– Réfléchissez, pensez à quelque chose qui vous liait l'un à l'autre.
– Je ne vois pas, nous avions tant de choses en commun, comment faire le tri dans tous ces souvenirs. Je ne sais pas, essayez « Échecs ».
La ligne « commande inconnue » s'inscrivit à nouveau sur l'écran.
– Essayez encore, dit Keira, pensez à quelque chose de plus sophistiqué, une chose à laquelle seuls vous deux pouviez penser.
Ivory se mit à parcourir la pièce, mains dans le dos, marmonnant à voix basse.
– Il y avait bien cette partie que nous avons rejouée cent fois...
– Quelle partie ? demandai-je.
– Une joute célèbre qui opposa deux grands joueurs au XVIII e siècle, François André Danican Philidor contre le capitaine Smith. Philidor était un très grand maître des échecs, probablement le plus grand de son temps. Il publia un livre,
L'accès à l'ordinateur de Vackeers nous restait interdit.
– Parlez-moi de ce Danican Philidor, demanda Keira.
– Avant de venir s'installer en Angleterre, reprit Ivory, il jouait en France au café de la Régence, le lieu était l'endroit où l'on rencontrait les plus importants joueurs d'échecs.
Keira tapa « Régence » et « café de la Régence »... rien ne se produisit.
– Il était l'élève de M. de Kermeur, poursuivit Ivory.
Keira tapa « Kermeur », sans succès.
Une fois encore, l'écran nous dénia l'accès. Ivory releva soudain la tête.
– Philidor devint célèbre en battant le Syrien Philippe Stamma, non, attendez, sa notoriété fut définitivement acquise lorsqu'il remporta un tournoi où il joua les yeux bandés sur trois plateaux simultanés, et contre trois adversaires différents. Il réalisa cet exploit au Club des échecs de St. James Street, à Londres.
Keira tapa « St. James Street ». Nouvel échec... sans vouloir faire de jeu de mots.