Alors qu'Ubach nous amenait à son bureau, Ivory ne se sentit pas bien. Une sorte de vertige l'avait saisi. Ubach voulut appeler un médecin mais Ivory le supplia de n'en rien faire, il n'y avait pas de raison de s'inquiéter, c'était juste un coup de fatigue, assura-t-il. Il nous demanda si nous aurions la gentillesse de le raccompagner à son hôtel, il s'y reposerait et tout irait mieux. Wim proposa aussitôt de nous y conduire.

De retour au Krasnapolsky, Ivory le remercia et l'invita à nous retrouver autour d'un thé en fin d'après-midi. Wim accepta l'invitation et nous laissa. Nous soutînmes Ivory jusqu'à sa chambre, Keira déplia le couvre-lit et je l'aidai à s'allonger. Ivory croisa ses deux mains sur sa poitrine et soupira.

– Merci, dit-il.

– Laissez-moi appeler un médecin, c'est ridicule.

– Non, mais pourriez-vous me rendre un autre petit service ? demanda Ivory.

– Oui, bien sûr, répondit Keira.

– Allez regarder à la fenêtre, écartez discrètement le rideau et dites-moi si cet imbécile de Wim est bien parti.

Keira me regarda, intriguée, et s'exécuta.

– Oui, enfin, il n'y a personne devant l'hôtel.

– Et la Mercedes noire avec les deux abrutis à l'intérieur, garée juste en face, elle est toujours là ?

– Je vois en effet une voiture noire, mais d'ici je ne peux pas vous dire si elle est occupée.

– Elle l'est, croyez-moi ! répliqua Ivory en se levant d'un bond.

– Vous devriez rester allongé...

– Je n'ai pas cru une seconde au petit malaise de Wim tout à l'heure et je doute qu'il ait cru au mien, cela nous laisse peu de temps.

– Mais je pensais que Wim était notre allié ? dis-je, surpris.

– Il l'était jusqu'à ce qu'il soit promu. Ce matin, vous ne parliez plus à l'ancien assistant de Vackeers, mais à l'homme qui le remplace, Wim est leur nouvel AMSTERDAM. Je n'ai pas le temps de vous expliquer tout cela. Filez dans votre chambre et préparez vos bagages pendant que je m'occupe de vos billets. Retrouvez-moi ici dès que vous serez prêts, et dépêchez-vous, il faut que vous ayez quitté la ville avant que le piège se referme, s'il n'est pas déjà trop tard.

– Et nous allons où ? demandai-je.

– Où voulez-vous aller ? En Éthiopie bien sûr !

– Hors de question ! C'est trop dangereux. Si ces hommes, dont vous ne voulez toujours rien nous dire, sont à nos trousses, je ne remettrai pas la vie de Keira en danger, et ne cherchez pas à me convaincre du contraire !

– À quelle heure part cet avion ? demanda Keira à Ivory.

– Nous n'irons pas là-bas ! insistai-je.

– Une promesse est une promesse, si tu espérais que j'avais oublié celle-là, tu t'es trompé. Allez, dépêchons-nous !

Une demi-heure plus tard, Ivory nous fit sortir par les cuisines de l'hôtel.

– Ne traînez pas à l'aéroport, aussitôt le contrôle des passeports franchi, promenez-vous dans les boutiques, séparément. Je ne pense pas que Wim soit assez intelligent pour deviner le tour que nous lui jouons, mais on ne sait jamais. Et promettez-moi de me donner de vos nouvelles aussitôt que possible.

Ivory me remit une enveloppe et me fit jurer de ne pas l'ouvrir avant le décollage ; il nous adressa un petit geste amical alors que le taxi s'éloignait.

L'embarquement à l'aéroport de Schiphol se déroula sans encombre. Nous n'avions pas suivi les conseils d'Ivory et nous étions installés à la table d'une cafétéria pour passer un moment en tête à tête. J'avais profité de ce moment pour informer Keira de ma petite conversation avec le professeur Ubach. Au moment de notre départ, je lui avais demandé une dernière faveur : en échange de la promesse de l'informer de l'avancement de nos recherches, il avait accepté de garder le plus grand silence jusqu'à ce que nous publiions un rapport sur nos travaux. Il conserverait les enregistrements effectués dans son laboratoire et en adresserait une copie sur disque à Walter. Avant que nous nous envolions, j'avais prévenu ce dernier de garder sous clé un colis expédié d'Amsterdam, qu'il recevrait sous peu, et de ne surtout pas l'ouvrir avant notre retour d'Éthiopie. J'avais ajouté que, s'il nous arrivait quelque chose, il aurait carte blanche et pourrait en disposer à sa guise. Walter avait refusé d'entendre mes dernières recommandations, il était hors de question qu'il nous arrive quoi que ce soit, avait-il dit en me raccrochant au nez.

Durant le vol, Keira fut prise d'un remords, elle n'avait pas donné de ses nouvelles à sa sœur ; je lui promis que nous l'appellerions ensemble dès que nous serions posés.

*

*     *

Addis-Abeba

L'aéroport d'Addis-Abeba fourmillait de monde. Une fois les formalités de douane passées, je cherchai la guérite de la petite compagnie privée dont j'avais déjà utilisé les services. Un pilote accepta de nous conduire à Jinka moyennant six cents dollars. Keira me regarda, effarée.

– C'est une folie, allons-y par la route, tu es fauché, Adrian.

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