Ivory nous pria de le rejoindre à son domicile dès notre arrivée. À 6 heures du matin un taxi nous conduisit de l'aéroport Charles-de-Gaulle à l'île Saint-Louis. Ivory nous ouvrit la porte en robe de chambre.
– Je ne savais pas exactement quand vous arriveriez, nous dit-il, je me suis laissé surprendre tardivement par le sommeil.
Il se retira dans la cuisine pour nous faire du café et nous invita à l'attendre dans le salon. Il revint avec un plateau dans les mains et s'assit dans un fauteuil en face de nous.
– Alors, qu'avez-vous trouvé en Afrique ? C'est à cause de vous si je n'ai pas dormi, impossible de fermer l'œil après votre appel.
Keira sortit la bille de sa poche et la présenta au vieux professeur. Ivory ajusta ses lunettes et examina attentivement l'objet.
– C'est de l'ambre ?
– Je n'en sais encore rien, mais les taches rouges à l'intérieur sont probablement du sang.
– Quelle merveille ! Où avez-vous trouvé cela ?
– À l'endroit précis indiqué par les fragments, répondis-je.
– Sur le thorax d'un squelette que nous avons exhumé, reprit Keira.
– Mais c'est une découverte majeure ! s'exclama Ivory.
Il se dirigea vers son secrétaire, ouvrit un tiroir et en sortit une feuille de papier.
– Voici l'ultime traduction que j'ai faite du texte en guèze, lisez.
Je pris le document qu'Ivory agitait sous mon nez et le lus à voix haute :
– Je crois que cette énigme prend désormais tout son sens, n'est-ce pas ? dit le vieux professeur. Grâce au bricolage d'Adrian à Virje nous avons fait parler le disque qui nous a indiqué la position d'une tombe. Le fameux hypogée où il fut probablement découvert au IVe millénaire. Ceux qui en comprirent l'importance en dissocièrent les fragments et allèrent les porter aux quatre coins du monde.
– Dans quel but ? demandai-je, pourquoi un tel voyage ?
– Mais pour que personne ne retrouve le corps que vous avez mis au jour, celui sur lequel ils ont précisément trouvé le disque des mémoires.
Le visage du vieux professeur était devenu pâle, une fine sueur perlait sur son front.
– Ça ne va pas ? demanda Keira.
– Je lui ai consacré toute mon existence, et vous l'avez enfin trouvé, personne ne voulait me croire, je vais très bien, je n'ai jamais été aussi bien de ma vie, dit-il avec un rictus aux lèvres.
Mais le vieux professeur posa sa main sur sa poitrine et se rassit dans son fauteuil, il était blanc comme un linge.
– Ce n'est rien, dit-il, un coup de fatigue. Alors, comment est-il ?
– Qui ? demandai-je.
– Mais ce squelette, bon sang !
– Complètement fossilisé et étrangement intact, répondit Keira qui s'inquiétait de l'état d'Ivory.
Le professeur gémit et se plia en deux.
– J'appelle les secours, dit Keira.
– N'appelez personne, ordonna le professeur, je vous dis que ça va passer. Écoutez-moi, nous avons peu de temps devant nous. Le laboratoire que vous cherchez se trouve à Londres, je vous ai griffonné l'adresse sur le bloc-notes qui est à l'entrée. Redoublez de prudence, s'ils apprennent ce que vous avez découvert, ils ne vous laisseront pas aller jusqu'au bout, ils ne reculeront devant rien. Je suis désolé de vous avoir mis en danger, mais il est trop tard maintenant.
– Qui sont ces gens ? demandai-je.
– Je n'ai plus le temps de vous expliquer, il y a plus urgent. Dans le petit tiroir de mon secrétaire, prenez l'autre texte, je vous en prie.
Ivory s'effondra sur le tapis.
Keira saisit le combiné du téléphone posé sur la table basse et composa le numéro du Samu, mais Ivory tira sur le fil et l'arracha.
– Partez d'ici, je vous en prie !
Keira s'agenouilla auprès de lui et passa un coussin sous sa tête.
– Il n'est pas question que nous vous laissions, vous m'entendez ?
– Je vous adore, vous êtes encore plus têtue que moi. Vous n'aurez qu'à laisser la porte ouverte, appelez les secours quand vous serez partis. Mon Dieu que cela fait mal, dit-il en se serrant la poitrine. Je vous en prie, continuez ce que je ne peux plus faire, vous touchez au but.
– Quel but, Ivory ?